Troie

Troie
Réalisation : Wolfgang Petersen
Scénario : David Benioff
Avec Brad Pitt, Eric Bana et Orlando Bloom
Genre : peplum
Durée : 2H36

HISTOIRE : Dans la Grèce antique, l'enlèvement d'Hélène, reine de Sparte, par Paris, prince de Troie, est une insulte que le roi Ménélas ne peut supporter. L'honneur familial étant en jeu, Agamemnon, frère de Ménélas et puissant roi de Mycènes, réunit toutes les armées grecques afin de faire sortir Hélène de Troie. Mais en réalité, la sauvegarde de l'honneur familial n'est qu'un prétexte pris par Agamemnon pour cacher sa terrible avidité. Celui-ci cherche en fait à contrôler Troie et à agrandir son vaste empire. Aucune armée n'a jamais réussi à pénétrer dans la cité fortifiée, sur laquelle veillent le roi Priam et le prince Hector. L'issue de la guerre de Troie dépendra notamment d'un homme, Achille, connu comme le plus grand guerrier de son époque. Arrogant, rebelle, et réputé invicible, celui-ci n'a d'attache pour rien ni personne si ce n'est sa propre gloire...


Le cinéma évolue en fonction de son temps, c'est un fait. Il se calque sur la mouvance des m½urs, s'inspire des grands évènements en cours et fixe sa ligne de conduite par rapport à ceux-ci. Une catastrophe telle que le 11 Septembre ne pouvait donc pas être sans répercussions sur l'industrie cinématographique. Passons sur les problèmes qu'engendrera cette sinistre date sur le traitement des ½uvres touchant au terrorisme et au patriotisme. Ce chapitre est clos depuis bien longtemps. La perception du cinéma des auteurs hollywoodiens fut plus radicalement modifiée par le fondement de cet acte terroriste. Comme on l'a si souvent répété, cette attaque sur les tours du World Trade Center fut une tactique catastrophique d'un point de vue humain mais également l'attaque d'un symbole. Cette attaque terroriste mis une fin à grande échelle au rêve américain et se fut un réveil brutal. Les mythes nous offrant une prétendu protection sans faille nous ont menti. Il n'y a ici que des hommes qui lorsque l'enfer se déchaîne doivent survivre. Alors que les années 2000 viennent juste de commencer, les figures véhiculés par le cinéma 80's et 90's ne peuvent plus être utilisé puisque mettant en exergue une mentalité qui fut un mensonge. Non il n'existe pas de grands héros musclés capable d'arrêter les méchants de ce monde en les castagnant à la chaîne et tout ne peut pas finir bien. Nos nouveaux héros se doivent d'être des humains et leurs aventures le plus réaliste possible car c'est ainsi que va le monde. Relecture à vocation historique de la légendaire guerre, TROIE est l'archétype de ce nouveau type de produit où le grand spectacle hollywoodien doit composer différemment sa surenchère.

Il faut dire que cette remise en question post-11/09/01 apparaît d'autant plus plausible lorsqu'on sait que le scénario de Troie est signé par David Benioff. Ce dernier signa juste avant le script du chef d'½uvre de Spike Lee 25th hour qui se concentrait sur la dérive de quelques personnages de le New York du ground zero. Le projet n'étant également pas une commande, le travail d'écriture de Troie apparaît clairement comme un projet personnel pour son auteur dans une époque en pleine mutation. Son scénario se concentre donc sur une démystification de la célèbre bataille en l'ancrant dans un carcan strictement réaliste. Certes cette approche remet en cause la vertu principal du cinéma (l'art est une illusion) et est loin d'avoir des fans comme l'indique le refus de Terry Gilliam, auteur bien plus fasciné par la représentation de la puissance de l'imagination, de réaliser le film après une lecture des 5 premières pages du script. Mais elle se montre diablement intéressante. Ainsi si les dieux participaient activement pour provoquer les évènements conduisant à la destruction de la glorieuse cité dans la légende, Benioff ne les conserve plus que comme des citations dans une époque très portée sur les croyances prophétiques.

Si les écrits d'Homère les transformèrent en acteurs au même rang que les mortels se combattant sur le champ de bataille, Benioff les relègue au rang de figures religieuses mais cette démarche n'en dénature pas pour autant le sens de leurs interventions puisque la croyance des personnages en ces derniers constitueront des charnières de l'intrigue. Benioff en fait de même avec tous les aspects de l'intrigue. Récit au multiple niveau de lecture, Troie ne trahit pas l'histoire bien connue de tout le monde mais lui donne un nouveau sens. Si nous savons tous que l'histoire commence par un amour interdit, Benioff y superpose les enjeux géopolitiques de l'époque pour donner une vision plus crédible et moins romanesque. De la même manière, il explore les troubles (peut-être pas de manière assez approfondis) de chacun de ses personnages pour les rendre plus humains que de simple figure héroïque tel ce Paris qui se montre un piètre et lâche guerrier ou Hector restant attaché à son amour fraternel en sachant qu'il conduit ainsi son peuple à sa perte. Mais le plus fascinant des personnages restent Achille, guerrier obnubilé par sa propre gloire qui cherche à acquérir une renommée immortelle. Livrant quelques uns des meilleurs dialogues du film, ce propos fascinant permet à la production de laisser entendre sa surenchère plus habituelle.

Car il faut bien le dire, ça n'est pas en faisant du tricot que nos héros sont devenus des légendes. Ils se sont combattus avec rage et hargne dans des conflits de grande envergure. Troie a beau resituer son intrigue d'un point de vu humain, il faut qu'il réussisse à en mettre plein la vue tout en préservant son caractère intimiste. En cela, le choix du réalisateur était plus que primordial. Les possibilités du scénario attirèrent d'ailleurs de nombreux auteurs des plus qualifiés (John McTiernan) au moins recommandables (Pitof). La production ne prit malheureusement pas de risque en plaçant aux commandes cet honnête faiseur de Wolfgang Petersen. Le bonhomme ne fait pas du mauvais travail mais il lui manque une réelle ambition pour offrir une représentation digne de ce nom au scénario. Les scènes de dialogues en font d'ailleurs les frais avec une mise en image terriblement molle et sans énergie qui rend carrément absurdes les lignes pourtant excellentes écrites par Benioff. Un sort similaire aurait pu attendre les scènes d'action si Petersen était seul à bord. On peut heureusement compté sur le talent de la seconde équipe et des superviseurs des effets spéciaux. Réutilisant le logiciel massive développé sur le seigneur des anneaux, les séquences de bataille remplisse leur contrat de spectaculaire et d'efficacité. On reprochera néanmoins une violence bien peu prononcé et des effets sanglant très discrets. Un défaut qui se retrouve néanmoins corrigé dans le director's cut rendant les affrontements plus barbares. Cette version a également le mérite de virer le score pompier de James Horner au profit de celle de Gabriel Yared qui fut rejeté par les studios la trouvant trop vieillotte.

Une considération étrange de la part de ces derniers qui sont loin de chercher à primer l'originalité et la nouveauté malgré le matériau de base acquis. Prendre un fonctionnaire comme Petersen, Employer un fainéant comme Horner à la musique, réemployer un logiciel dont on déjà assister à toutes les possibilités qu'ils offrent... Voilà des choix qui manquent d'audace. L'esthétisme de la production est d'ailleurs la meilleure illustration d'un traditionalisme qui ne souhaite pas forcément se remettre en cause. Que dire face à cette photographie immaculée, ces costumes ultra-propres et ses décors aux gigantismes dépouillés ? Les règles en vigueur à Hollywood semblent elles ne pas vouloir changé. Le casting n'enfonce qu'un peu plus le clou avec son défilé de star. On retiendra bien quelques choix intéressant comme donner le rôle de Paris au fade Orlando Bloom, prendre Brendan Gleeson en guerrier vieillissant rongé par la vengeance ou encore cette bonne tronche de Sean Bean en Ulysse. Il est plus difficile toutefois de toléré certains choix très conventionnel comme ce Brian Cox cabotinant comme un fou en roi machiavélique ou Brad Pitt faisant dans la couverture de mode glamour en affichant régulièrement son beau torse huilé.

Les vieilles habitudes ont la peau dure donc. Sujet audacieux et terriblement passionnant à l'appui (bien que pas toujours abouti), Troie aurait pu être un peplum fort et puissant. Il ne s'avère au final qu'un sympathique divertissement son traditionalisme n'arrivant pas à lui injecte la grandeur qui lui revient.
# Posté le jeudi 03 juillet 2008 07:45

valse avec Bachir

valse avec Bachir
Réalisation : Ari Folman
Scénario : Ari Folman
Genre : documentaire animé
Durée : 1H27

HISTOIRE : Ari, metteur en scène israélien, a rendez-vous en pleine nuit dans un bar avec un ami en proie à des cauchemars récurrents, au cours desquels il se retrouve systématiquement pourchassé par une meute de 26 chiens. 26, exactement le nombre de chiens qu'il a dû tuer au cours de la guerre du Liban, au début des années 80 ! Le lendemain, Ari, pour la première fois, retrouve un souvenir de cette période de sa vie. Une image muette, lancinante : lui-même, jeune soldat, se baigne devant Beyrouth avec deux camarades. Il éprouve alors un besoin vital de découvrir la vérité à propos de cette fraction d'Histoire et de lui-même et décide, pour y parvenir, d'aller interviewer à travers le monde quelques-uns de ses anciens compagnons d'armes. Plus Ari s'enfoncera à l'intérieur de sa mémoire, plus les images oubliées referont surface.


Un film doit-il se rattacher à un genre particulier pour exister ? Il est clair que la réponse à cette question est la négative. Le cloisonnement des genres en lui-même n'est d'ailleurs qu'une illusion. Ne peut-on pas trouver des éléments de comédie dans le thriller le plus sérieux ? Une comédie légère ne peut-elle pas déployer une dramaturgie bien réelle et palpable ? Les films de science-fiction ne peuvent-ils pas tenir des propos politiques tout à fait pertinents ? Malgré leurs différences, les genres ne font que se croiser durant les deux heures de spectacle auquel nous venons assister. Ils ont beau être parfois antithétiques, rien ne les empêche de cohabiter ensemble. VALSE AVEC BASHIR en est un bel exemple puisque son concept de base passe pour un sacré paradoxe : le documentaire animé. Il ne s'agit pourtant pas là d'un terrain vague inexploré. Ce mélange sert souvent de documents pédagogiques destinés aux enfants comme la série des il était une fois dont la mise en image légère et imaginative permet à nos têtes blondes de s'instruire tout en s'amusant. Il est néanmoins plus rare de voir un tel procédé appliqué à un sujet plus sérieux comme c'est le cas ici avec la guerre au Liban. Car une telle approche ne peut-être employé sans justification et ça le réalisateur Ari Folman l'a bien compris.

Si valse avec Bashir est animé, ça n'est pas par simple fantaisie. Le choix de l'animation est amplement nécessaire à la bonne marche du projet. N'ayant aucun souvenir de cette guerre auquel il a participé 20 ans auparavant, Folman n'a qu'une vision abstraite de celle-ci. Il ne s'agit même pas d'un problème de souvenir fragmentaire mais juste d'un oubli complet. La réalité du conflit n'est pour lui pas tangible. L'emploi de l'animation permet de s'accorder avec cette idée selon laquelle la guerre vécue par Folman est un espace/temps détaché du réel. Mais il ne faut pas nier que l'animation a aussi ses vertus cinématographiques. Celle-ci est parfaitement adéquate pour permettre la représentation des diverses hallucinations parsemant l'esprit des personnes interviewées. Dans ce style graphique partagé entre une étonnante fluidité et rigidité hypnotisante, ces visions sont des moments de poésie, de détresse qui, sortant du plus profond de l'âme, sont des moments de plus pure sincérité. Mais la technique permet également de rompre avec la tradition pantouflarde des documentaires. Plutôt que d'enchaîner bêtement les interviews, Folman se permet de construire des discussions aux dialogues piquants et compose des reconstitutions des évènements relatés par les intervenants en sachant une image forte vaut mieux qu'un long discours. En ce sens, Folman compose une série d'images fortes du conflit en n'échappant pas à un certain surréalisme. A l'image de ses rêves à la limite du fantastique, Folman n'hésite pas à employer les possibilités de son art pour transcender la réalité pour la rendre plus choquante ou au contraire plus digeste comme par l'emploi d'une BO en rupture (excellente soit dit en passant).

Mais si valse avec Bashir est cinématographiquement incroyable, il s'agit surtout d'un projet à l'intégrité totale. Folman se livre totalement au cours de son documentaire car après tout, l'objectif de ce dernier n'est pas tant d'informer son spectateur à propos du massacre de Beyrouth (il se consacrera pourtant entièrement à ce fait historique lors de la dernière partie). Pour Folman, le parcours relaté dans le documentaire permet surtout de réussir à bercer les secrets de sa mémoire. En cela, valse avec Bashir se cherche un cadre plus vaste et universel, tout comme le faisait apocalypse now en s'interrogeant sur la condition humaine. Folman touche à l'esprit humain et à notre appréhension de la réalité en cherchant à décortiquer notre perception de celle-ci lors des épreuves les plus traumatisantes de notre existence. Tourmenté comme du Philip K. Dick, valse avec Bashir met en évidence les mécanisme de l'esprit humain. Dans une période où ils sont passés de l'insouciance à la plus totale horreur, les intervenants ont chacun cherché un moyen de se déconnecter de la guerre. Certains se cachait derrière des artifices comme ce journaliste ne regardant le conflit avec son appareil photo, quelques un ont cherché à s'en éloigner comme ce soldat refusant de retourner aux cérémonie de commémoration de ses compagnons morts et d'autres à l'instar de Folman ont oublié que ce soit volontairement ou involontairement.

Parcours introspectif ne reniant pas sa portée universelle qu'elle soit historique ou humaine, valse avec bashir est une ½uvre bouleversante. Visuellement redoutable, émotionnellement poignant, il s'agit là d'une des plus belle réussite de cette année.
# Posté le mercredi 02 juillet 2008 10:39

star trek ,le film

star trek ,le film
Réalisation : Robert Wise
Scénario : Harold Livinston
D'après la série télé de Gene Roddenberry
Avec William Shatner, Leonard Nimoy et deForest Kelley
Genre : science-fiction
Durée : 2H11

HISTOIRE : Une entité d'origine extra-terrestre sans précédent se dirige vers la Terre en détruisant tout sur son passage. L'équipage de l'USS Enterprise est chargé de stopper ce nouvel ennemi. Alors que le Capitaine Decker se prépare à diriger la mission, il est relevé de ses fonctions et remplacé par le fameux Amiral Kirk, absent des commandes du vaisseau depuis trois ans...


Adapter une série télé au cinéma n'est pas une mince affaire. Il y a bien sûr la difficulté à respecter l'univers apprécié par les fans du matériau d'origine tout en rendant le film accessible aux néophytes. Mais il faut également réussir à justifier sa démarche. Comme le dit ce père de famille américain aussi jaune qu'un citron : “faut être une andouille pour aller voir au cinéma, ce qu'on peut voir à la télévision”. Il n'est en effet guère intéressant de voir sur grand écran juste un épisode de la série. Il faut offrir de nouvelle ambition, de nouveaux horizons en profitant des contraintes moindres offertes par la production cinématographique à celle télévisuelle. Si les épisodes de la série télé nécessitent une écriture et d'une réalisation conçue dans l'urgence pour respecter les dates de diffusion, un film jouit de délais plus favorables et rallongés. Cela n'a néanmoins pas empêché la première aventure cinématographique du capitaine Kirk et de l'équipe de l'Enterprise d'avoir été soumis à une production chaotique. A la base conçu pour être un téléfilm, STAR TREK – LE FILM connu un déroulement des plus calamiteux entre une écriture se cherchant désespérément et un gigantisme difficilement gérable par rapport à la date de sortie prévue. Cela n'empêche pas ce premier envol cinématographique d'offrir un spectacle d'une ambition monstrueuse dont le charme perdure près de 30 ans plus tard.

En dépit de scénaristes ne sachant pas trop comment manier leur barque (Leonard Nimoy alias Spock ne fut intégré au récit que tardivement) et d'une production cherchant à minimiser les coûts par rapport au moyens employés (les prises de vues débutèrent alors que le script était loin d'être bouclé), on ne peut pas nier que star trek compris l'importance d'inaugurer ce début de la franchise cinématographique en mettant en avant une audace hors norme par rapport à la série télé. Objet d'adulation de nombreux geeks (il faut reconnaître à la série qu'il a conçu un univers bien à lui), la série télé reste néanmoins un certain objet de moquerie du grand public qui l'a limité à des types en pyjama passant leur temps à discuter dans des décors en polystyrène (ce qui n'est pas faux non plus). Après l'ouragan star wars (qui a poussé les producteurs à faire un long-métrage du téléfilm de base), c'est le suicide commercial si la grande aventure humaine annoncé se limite à ça. Du coup, le producteur Michael Eisner, patron de la Paramount à l'époque, recherche un réalisateur amène de transcender ce matériau de base. Il oriente ses choix vers des réalisateurs du nouvel Hollywood tel Steven Spielberg, William Friedkin, Philip Kaufman et last but not least George Lucas. Eisner devra néanmoins changer son fusil d'épaule et engagera au final cette valeur sûre de Robert Wise. Un choix plus que judicieux en soit. Qui mieux que le réalisateur du jour où la Terre s'arrêta, étalon mètre du film d'extraterrestre, pouvait être plus capable pour adapter cette série tournant autour de la diplomatie spatiale ? N'étant qui plus est guère admiratif des productions télévisuelles, Wise semble définitivement l'homme de la situation pour offrir une vision cinématographique digne de ce nom.

Et pourtant, le réalisateur de the haunting a du souvent se mordre les doigts durant la production de ce qu'il qualifiera plus tard de la plus grande déception de sa carrière. Pressé par le temps (la production connue de nombreux faux départs), Wise se retrouve sur un tournage mal organisé où les techniciens ne savaient pas ce qu'ils pouvaient faire et ce qu'ils avaient la capacité de faire. Un coup dur on peut l'imaginer pour Wise qui voulait faire de star trek est réflexion métaphysique plus proche de 2001 que de l'aventure périlleuse à la star wars. Le bordel ambiant a du l'obliger a remanié temporairement sa copie ce qui donne lieu à une première heure qui, malgré des premières minutes hallucinantes, se rattache à ce qu'on reproche généralement à star trek, autrement dit des discussion d'intérieur employant un vocabulaire plus ou moins hermétique. En parlant d'hermétisme, il faut néanmoins reconnaître que le film arrive à s'ouvrir un minimum pour ne pas complètement perdre les spectateurs qui n'ont jamais vu la série. En inaugurant un nouvel Enterprise, le film arrive à la fois à justifier un design plus travaillé en adéquation avec le carcan cinématographique mais surtout à resituer clairement la place de chacun dans la hiérarchie du vaisseau. De toute façon, est-il foncièrement utile de connaître tous les petits détails de cet univers complexe pour savourer la magie de certaines séquences comme la découverte et le départ de l'Enterprise ? Bien sûr que non et l'opulence de cette production peut se savourer autant que l'intelligence de son propos.

Car si Wise du se plier aux exigences d'un tournage marathon, il n'en avait pas pour autant les mains liés. Par conséquent, le film a beau se montrer peu bouleversant dans sa première partie, la seconde présente elle bien l'ambition dont il souhaitait imprégner le projet. Le pitch en lui-même ne fait que rappeler le long-métrage de Stanley Kubrick (une mission spatiale rejoint un objet intersidéral d'origine inconnu) et les thématiques déployer ne font que rejoindre la comparaison. Wise s'interroge également sur la place de l'humanité dans le monde, ainsi que sa nature profonde (le développement du personnage dénué d'émotion qu'est Spock est admirable à cet effet). Il touche également à des éléments robotiques similaires en remettant en question la toute puissante logique des ordinateurs et va pousser le vice en concluant le film par une séquence de naissance au propos assez similaire par l'émergence d'une entité suprême. Le scénario va jusqu'à se permettre d'incorporer une sous-intrigue à la solaris où un capitaine se retrouve éprit de la copie de sa dulcinée. Si le traitement reste moins contemplatif et énigmatique que les deux ½uvres citées, star trek n'est pas pour autant dénuer de philosophie et de propos intéressants.

Pour couronner ce spectacle, Wise cherchera à s'entourer des meilleurs techniciens possibles afin de rendre justice aux sommes phénoménales engouffrée dans le film. Remerciant une première équipe d'effets spéciaux pas assez compétente et trop lente pour respecter la date butoir, Wise s'entourera des superviseurs des effets spéciaux John Dykstra qui a travaillé sur star wars et surtout de Douglas Trumbull qui s'était occupé des maquettes sur 2001. En dépit des talents du bonhomme, le résultat est néanmoins moins bouleversant que sur le film de Kubrick. On imagine bien que le retard de la production les a obligé a paré au plus pressé. Les maquettes ressemblent donc bien à des maquettes, les incrustations sont franchement peu fameuses, les effets d'optiques n'assurent pas toujours le meilleur rendu... Pire, certains effets n'ayant pu être concrétiser faute de temps, on du être abandonné en donnant un cachet incomplet à certaines séquences. Ces derniers ont toutefois retrouvé leur place dans le director's cut de 2001 et, à l'inverse du révisionnisme ronflant d'un George Lucas, sont parfaitement indétectables par rapport aux effets de l'époque. Toutefois aussi vieillot peuvent faire certains effets, l'émerveillement est bien là dans la composition d'images inédites d'une grande richesse. Voir le déploiement de vaisseaux ou le ballet lancinant de stations sur la partition de Jerry Goldsmith reste un pur bonheur. Le travail de Goldsmith est d'ailleurs une des plus grandes qualités du film. Conçu de manière fonctionnelle à la base (elle servait à masquer le manque de travail accordé au reste de la bande son), le compositeur des gremlins signe une musique monstrueuse aux élans entraînant et enivrant qui n'a rien à envier à ce qu'a accomplit John Williams sur la saga de Lucas.

Dès les premières notes du prélude où défilent des étoiles, la BO nous invite à l'aventure qui va se dérouler devant nous. Si celle-ci ne remplit pas toujours son contrat (ça bavarde quand même un peu trop), star trek procure tout le plaisir et l'enchantement que la production devait dégagé.
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# Posté le lundi 30 juin 2008 06:48

au bout de la nuit

au bout de la nuit
Réalisation : David Ayer
Scénario : Jamie Hoss, Kurt Wimmer et James Ellroy
Avec Keanu Reeves, Forest Whitaker et Hugh Laurie
Genre : polar
Durée : 1H49

HISTOIRE : Tom Ludlow est le meilleur détective de l'Ad Vice, unité spécialisée de la Police de Los Angeles. Son supérieur, le capitaine Wander, ferme les yeux sur ses procédés souvent "hors normes" et le protège lors de l'enquête interne menée par le capitaine Biggs. Accusé à tort du meurtre d'un collègue, Ludlow doit lutter seul contre le système corrompu pour prouver son innocence.


Pour l'auteur, le deuxième pire ennemi après la page blanche est la routine. Utiliser les mêmes ingrédients pour concevoir ses petits plats est un exercice périlleux même si on est un grand chef cuisinier. A force d'employer toujours et encore les mêmes ficelles, on risque au-delà de la répétition et de la lassitude d'aboutir à une parodie de son propre style. La solution ? La meilleure reste la remise en question et la réflexion sur le moyen de pouvoir transcender son art comme d'antan. Mais soyons honnête : c'est un travail des plus difficiles et arriver à un certain stade de sa vie, on n'a plus trop la tête à ça. Du coup, les auteurs ont une préférence pour tout plaquer et chercher d'autres coins regorgeant de gens qui n'ont pas encore connaissance de leur recette miracle. C'est le cas de l'écrivain américain James Ellroy, véritable maître du polar. Alors que ses fans lui reprochent un certains laisser-aller, Ellroy a tenté de toucher une nouvelle audience en signant des histoires pour le cinéma. Le souci est que son rapport avec ce dernier reste relativement houleux. En dehors du L.A confidential de Curtis Hanson (qui doit toute sa réussite au merveilleux script de Brian Helgeland), les adaptations des écrits d'Ellroy n'ont pas donné grand-chose de fameux. Et la tendance n'a fait que s'accentuer depuis qu'Ellroy cherche à se reconvertir. S'en est arrivé à un tel point qu'il a finit par renier les deux ½uvres issus de ses histoires originales : le dark blue de Ron Shelton et ce AU BOUT DE LA NUIT signé par David Ayer, également scénariste du premier (ceci explique cela). Alors mégalomanie galopante de l'auteur du dahlia noir ou réel sabordage de son travail ? Disons plutôt de l'aigreur de la part d'un auteur qui voit que son apport au cinéma risque loin de lui octroyer la même popularité que pour ses livres.

Pour celui qui n'a jamais touché à une ½uvre d'Ellroy, street kings apparaîtra pour un polar simple mais dont la qualité de l'intrigue le place amplement au-dessus de la moyenne. Par contre, celui qui a lu au moins un ouvrage du bonhomme sera plus qu'en terrain connu. Car les éléments indispensables d'un bon Ellroy répondent parfaitement présent. L'ouverture donne clairement le ton en suivant son personnage principal (Keanu Reeves correct) à la mine taciturne sans le définir, laissant penser qu'il s'agit d'une petite raclure avant de dévoiler son statut de policier. On retrouve toute l'ambiguïté des personnages si chers à Ellroy. Ni blanc ni noir, ces derniers naviguent constamment entre la frontière du bien et du mal en obligeant le spectateur à autant sympathiser avec eux que rejeter leur agissement. En cela, on retrouve également l'obligatoire description du milieu policier gangrené par la corruption et où l'ordre est maintenu par des procédés plus que douteux. Troublant comme son auteur dont beaucoup se questionne encore sur un probable racisme (les premières scènes du film ne sont d'ailleurs pas là pour le disculper de tout soupçon), l'intrigue questionne la nature de ses personnages dans un univers dont la définition devrait être la plus pur. Là où on peut comprendre que Ellroy est rejeté le film, c'est que au bout de la nuit ne malmène pas son spectateur comme il devrait le faire.

au bout de la nuit est un divertissement se lavant de tout élément trop glauque. La psychologie ne tient donc plus une grande place dans cette histoire et la définition des personnages peine à exploiter le prisme de leurs sentiments. Sans s'en donner l'air, cette simplicité lève une grande partie de l'ambiguïté des personnages. Le pire est d'ailleurs atteint avec les personnages féminins, pur modèle de vertu qui se font irréprochable de bout en bout. Le casting n'est pas là pour changer la donne entre des choix d'interprètes pour fan de midinette (Reeves donc mais aussi Chris Evans) et choix conventionnel qui joue le clin d'½il complice aux téléphages entre un Forest Whitaker refaisant the shield pendant que Hugh Laurie balançant ses (délectables) facéties à la Dr. House. Mais c'est définitivement la mise en scène De David Ayer qui relève la palme du polissage. On se rassurera de savoir que le bonhomme à lâcher les quelques effets de style foireux de sa première réalisation, le gentiment raté bad times. Mais pour le reste, on se trouve face à la même caméra à l'épaule mou du genou au sens du cadrage étriqué. Avec sa photographie aux couleurs chaudes à la collateral, street kings assure tout juste une efficacité téléfilmesque (ce qui veut tout dire) non entaché de quelques touches de ridicule (l'exécution dans l'épicerie).

Sans être forcément détestable (ça se laisse bien suivre), street kings reste bel et bien un exemple de sous-Ellroy. Ça a bien l'odeur d'un Ellroy mais cette petite série B n'en a pas la saveur. Alors que la production du white jazz de Joe Carnahan a été mis au point mort, on peut commencer à désespérer de revoir le travail d'Ellroy réutiliser avec brio au cinéma.
# Posté le samedi 28 juin 2008 12:53

diary of the dead

diary of the dead
Réalisation : George Romero
Scénario : George Romero
Avec Michelle Morgan, Shawn Roberts et Nick Alachiotis
Genre : horreur
Durée : 1H35

HISTOIRE : Des étudiants en cinéma tournent, dans une forêt, un film d'horreur à petit budget, lorsque la nouvelle tombe au journal télévisé : partout dans le pays, on signale des morts revenant à la vie. Témoins de massacres, de destructions et du chaos ambiant, ils choisissent alors de braquer leurs caméras sur les zombies et les horreurs bien réelles auxquels ils sont confrontés afin de laisser un témoignage de cette nuit où tout a changé.


Le problème avec l'émergence des nouvelles technologies, c'est que ça en laisse généralement un paquet sur le carreau. Ce soucis touche tout particulièrement les personnes qui ont déjà été rodé par l'ancien système. Ils ont leurs habitudes et leurs propres mécanismes qui sont bien difficile à remettre en cause lorsque ceux-ci sont qualifiés d'obsolète. La transition n'est jamais fondamentalement harmonieusement, on tâtonne vers des champs inédits et dans 99% des cas, on se plante. Dans de nombreux domaines, cela n'est pas si grave et fait partit de l'apprentissage. Malgré la nécessité d'appréhender vite de nouveaux outils, le droit à l'erreur est relativement permis. Ça n'est pas foncièrement le cas au cinéma où la seconde chance est bien rare. En cas de ratage pour appréhender de nouvelles perspectives, les chanceux pourront toujours revenir à ce qu'ils savent faire si l'ancien système n'a pas été bouffé par le nouveau. Si ça n'est pas le cas, c'est malheureusement le départ anticipé des plateaux comme se fut le cas pour de nombreux acteurs muets à l'émergence du cinéma parlant. Ce qui nous amène au cas de George Romero et son DIARY OF THE DEAD. Après Brian de Palma sur redacted, Romero est le second vieux routard qui a décidé cette année d'employer le style cinéma documentaire très en vogue actuellement. Mais si le résultat rejoint sur plusieurs points le vrai-faux remake d'outrages du père de Palma, il s'avère fichtrement plus mitigé en dévoilant un réalisateur qui a du mal à appréhender cette nouvelle vision de l'art.

Contrairement à ce qu'on pourrait penser donc, diary of the dead rejoint plus dans ses intentions narratives redacted que cloverfield. Si on retrouve par rapport à ce dernier l'idée de suivre une catastrophe (un monstre géant chez Matt Reeves, des morts-vivants chez Romero) filmé par une bande de quidam, la manière dont est structuré le film renvoie plus au film de Brian de Palma. Il n'est pas ici question de nous transmettre juste la vidéo tournée sur place et qui consisterait en un bout à bout d'images saisis sur le vif. diary of the dead s'accroche plus que jamais à sa définition de documentaire, tout comme le faisait redacted. Le film rassemble donc, outre la vidéo des personnages principaux, plusieurs autres sources d'informations. Néanmoins, là où de Palma utilisait ce système pour s'amuser avec la virtuosité qu'on lui connaît, Romero souhaite utiliser le montage de ses divers images à des fins plus réflexives sur leurs pouvoirs. C'est toutefois là que les soucis commencent puisqu'on peine à assimiler fondamentalement ce que doit être à la base le film. Dans sa présentation, la monteuse et petite amie du réalisateur confie avoir voulu rendre le film effrayant en jouant donc sur le montage (bien foutu dans l'ensemble) et en ajoutant aussi le musique (thèmes pour sursauter plus qu'éculés) dans le but de nous avertir. Nous sensibiliser sur quoi exactement ? On ne le sait pas foncièrement. La déshumanisation de notre société ? La folie engendré par la popularisation des médias ? Le chaos engendré par l'approche de la fin de notre civilisation ? Un peu tout ça si on en croit les multiples passages à intervalle constant où sur des images d'archives bien réels, notre monteuse tient des discours de piliers comptoirs à la Michael Moore.

Des moments aussi agaçants qu'inutiles puisqu'ils ne disent rien de plus que ce qui a été relaté dans les moments capturés par son petit copain. Ce qui en soit présente un certain problème puisque cela passe par des dialogues ultra explicatifs qui font assez tache dans une ambiance stressée de fin du monde. Certes, la saga des morts-vivants de Romero n'a jamais été connue pour la subtilité de ses dialogues mais Romero passe définitivement la barre de l'acceptable ici. C'est là que le film coince énormément. Plutôt que d'assumer une approche strictement réaliste, Romero se met à tâter entre une orientation fictionnelle et documentaire. Dans une forme privilégiant le second sur le premier, on se retrouve alors avec des éléments assez embarrassants puisque rigoureusement too much. Certains personnages charismatiques sont trop bigger than life (un irréductible amish sourd et muet, un prof alcoolo dégommant des zombies à l'arc) pour croire qu'ils sont authentiques et certains passages se jouent trop d'eux même pour croire qu'il se déroule dans la vraie vie. En ce sens, le pompon est détenu par cette séquence vers la fin où une demoiselle se fait poursuivre selon tous les clichés présentés dans la première scène du film. Une séquence très drôle en elle-même mais dont le registre comique outrancier fait tache dans une ½uvre à la volonté réaliste, là où la plus pure fiction n'aurait conservé que son état d'excellence. De cette hésitation des genres résulte une certaine artificialité et une difficultés à avaler certains passages trop peu crédibles pour fonctionner dans cette orientation. Certains moments sont trop orchestré, trop mécanique pour se montrer convaincant comme lorsque nos protagonistes passent à côté de zombies sans les voir (notamment dans la dernière attaque de l'hôpital). Il y a néanmoins bien quelques bonnes idées qui ressortent de l'approche comme l'utilisation des caméra de surveillance dans le manoir rappelant (volontairement ou involontairement) le jeu vidéo resident evil alors que l'emploi d'un zombie grimé en momie renvoie aux vieux films de la Hammer.

Mais ces quelques passages sympathiques conciliant l'ancien et le nouveau ne font guère long feu face à la maladresse de l'½uvre dans son ensemble. Spectacle de genre agréable au demeurant (bien qu'éminemment classique), diary of the dead ne convint toutefois pas par rapport à son ambition documentaire. Une déception donc qui fait espérer que Romero se retournera vers la plus pure fiction pour son véritable cinquième opus des morts-vivants.
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# Posté le samedi 28 juin 2008 03:58