Scénario : David Benioff
Avec Brad Pitt, Eric Bana et Orlando Bloom
Genre : peplum
Durée : 2H36
HISTOIRE : Dans la Grèce antique, l'enlèvement d'Hélène, reine de Sparte, par Paris, prince de Troie, est une insulte que le roi Ménélas ne peut supporter. L'honneur familial étant en jeu, Agamemnon, frère de Ménélas et puissant roi de Mycènes, réunit toutes les armées grecques afin de faire sortir Hélène de Troie. Mais en réalité, la sauvegarde de l'honneur familial n'est qu'un prétexte pris par Agamemnon pour cacher sa terrible avidité. Celui-ci cherche en fait à contrôler Troie et à agrandir son vaste empire. Aucune armée n'a jamais réussi à pénétrer dans la cité fortifiée, sur laquelle veillent le roi Priam et le prince Hector. L'issue de la guerre de Troie dépendra notamment d'un homme, Achille, connu comme le plus grand guerrier de son époque. Arrogant, rebelle, et réputé invicible, celui-ci n'a d'attache pour rien ni personne si ce n'est sa propre gloire...
Le cinéma évolue en fonction de son temps, c'est un fait. Il se calque sur la mouvance des m½urs, s'inspire des grands évènements en cours et fixe sa ligne de conduite par rapport à ceux-ci. Une catastrophe telle que le 11 Septembre ne pouvait donc pas être sans répercussions sur l'industrie cinématographique. Passons sur les problèmes qu'engendrera cette sinistre date sur le traitement des ½uvres touchant au terrorisme et au patriotisme. Ce chapitre est clos depuis bien longtemps. La perception du cinéma des auteurs hollywoodiens fut plus radicalement modifiée par le fondement de cet acte terroriste. Comme on l'a si souvent répété, cette attaque sur les tours du World Trade Center fut une tactique catastrophique d'un point de vue humain mais également l'attaque d'un symbole. Cette attaque terroriste mis une fin à grande échelle au rêve américain et se fut un réveil brutal. Les mythes nous offrant une prétendu protection sans faille nous ont menti. Il n'y a ici que des hommes qui lorsque l'enfer se déchaîne doivent survivre. Alors que les années 2000 viennent juste de commencer, les figures véhiculés par le cinéma 80's et 90's ne peuvent plus être utilisé puisque mettant en exergue une mentalité qui fut un mensonge. Non il n'existe pas de grands héros musclés capable d'arrêter les méchants de ce monde en les castagnant à la chaîne et tout ne peut pas finir bien. Nos nouveaux héros se doivent d'être des humains et leurs aventures le plus réaliste possible car c'est ainsi que va le monde. Relecture à vocation historique de la légendaire guerre, TROIE est l'archétype de ce nouveau type de produit où le grand spectacle hollywoodien doit composer différemment sa surenchère.
Il faut dire que cette remise en question post-11/09/01 apparaît d'autant plus plausible lorsqu'on sait que le scénario de Troie est signé par David Benioff. Ce dernier signa juste avant le script du chef d'½uvre de Spike Lee 25th hour qui se concentrait sur la dérive de quelques personnages de le New York du ground zero. Le projet n'étant également pas une commande, le travail d'écriture de Troie apparaît clairement comme un projet personnel pour son auteur dans une époque en pleine mutation. Son scénario se concentre donc sur une démystification de la célèbre bataille en l'ancrant dans un carcan strictement réaliste. Certes cette approche remet en cause la vertu principal du cinéma (l'art est une illusion) et est loin d'avoir des fans comme l'indique le refus de Terry Gilliam, auteur bien plus fasciné par la représentation de la puissance de l'imagination, de réaliser le film après une lecture des 5 premières pages du script. Mais elle se montre diablement intéressante. Ainsi si les dieux participaient activement pour provoquer les évènements conduisant à la destruction de la glorieuse cité dans la légende, Benioff ne les conserve plus que comme des citations dans une époque très portée sur les croyances prophétiques.
Si les écrits d'Homère les transformèrent en acteurs au même rang que les mortels se combattant sur le champ de bataille, Benioff les relègue au rang de figures religieuses mais cette démarche n'en dénature pas pour autant le sens de leurs interventions puisque la croyance des personnages en ces derniers constitueront des charnières de l'intrigue. Benioff en fait de même avec tous les aspects de l'intrigue. Récit au multiple niveau de lecture, Troie ne trahit pas l'histoire bien connue de tout le monde mais lui donne un nouveau sens. Si nous savons tous que l'histoire commence par un amour interdit, Benioff y superpose les enjeux géopolitiques de l'époque pour donner une vision plus crédible et moins romanesque. De la même manière, il explore les troubles (peut-être pas de manière assez approfondis) de chacun de ses personnages pour les rendre plus humains que de simple figure héroïque tel ce Paris qui se montre un piètre et lâche guerrier ou Hector restant attaché à son amour fraternel en sachant qu'il conduit ainsi son peuple à sa perte. Mais le plus fascinant des personnages restent Achille, guerrier obnubilé par sa propre gloire qui cherche à acquérir une renommée immortelle. Livrant quelques uns des meilleurs dialogues du film, ce propos fascinant permet à la production de laisser entendre sa surenchère plus habituelle.
Car il faut bien le dire, ça n'est pas en faisant du tricot que nos héros sont devenus des légendes. Ils se sont combattus avec rage et hargne dans des conflits de grande envergure. Troie a beau resituer son intrigue d'un point de vu humain, il faut qu'il réussisse à en mettre plein la vue tout en préservant son caractère intimiste. En cela, le choix du réalisateur était plus que primordial. Les possibilités du scénario attirèrent d'ailleurs de nombreux auteurs des plus qualifiés (John McTiernan) au moins recommandables (Pitof). La production ne prit malheureusement pas de risque en plaçant aux commandes cet honnête faiseur de Wolfgang Petersen. Le bonhomme ne fait pas du mauvais travail mais il lui manque une réelle ambition pour offrir une représentation digne de ce nom au scénario. Les scènes de dialogues en font d'ailleurs les frais avec une mise en image terriblement molle et sans énergie qui rend carrément absurdes les lignes pourtant excellentes écrites par Benioff. Un sort similaire aurait pu attendre les scènes d'action si Petersen était seul à bord. On peut heureusement compté sur le talent de la seconde équipe et des superviseurs des effets spéciaux. Réutilisant le logiciel massive développé sur le seigneur des anneaux, les séquences de bataille remplisse leur contrat de spectaculaire et d'efficacité. On reprochera néanmoins une violence bien peu prononcé et des effets sanglant très discrets. Un défaut qui se retrouve néanmoins corrigé dans le director's cut rendant les affrontements plus barbares. Cette version a également le mérite de virer le score pompier de James Horner au profit de celle de Gabriel Yared qui fut rejeté par les studios la trouvant trop vieillotte.
Une considération étrange de la part de ces derniers qui sont loin de chercher à primer l'originalité et la nouveauté malgré le matériau de base acquis. Prendre un fonctionnaire comme Petersen, Employer un fainéant comme Horner à la musique, réemployer un logiciel dont on déjà assister à toutes les possibilités qu'ils offrent... Voilà des choix qui manquent d'audace. L'esthétisme de la production est d'ailleurs la meilleure illustration d'un traditionalisme qui ne souhaite pas forcément se remettre en cause. Que dire face à cette photographie immaculée, ces costumes ultra-propres et ses décors aux gigantismes dépouillés ? Les règles en vigueur à Hollywood semblent elles ne pas vouloir changé. Le casting n'enfonce qu'un peu plus le clou avec son défilé de star. On retiendra bien quelques choix intéressant comme donner le rôle de Paris au fade Orlando Bloom, prendre Brendan Gleeson en guerrier vieillissant rongé par la vengeance ou encore cette bonne tronche de Sean Bean en Ulysse. Il est plus difficile toutefois de toléré certains choix très conventionnel comme ce Brian Cox cabotinant comme un fou en roi machiavélique ou Brad Pitt faisant dans la couverture de mode glamour en affichant régulièrement son beau torse huilé.
Les vieilles habitudes ont la peau dure donc. Sujet audacieux et terriblement passionnant à l'appui (bien que pas toujours abouti), Troie aurait pu être un peplum fort et puissant. Il ne s'avère au final qu'un sympathique divertissement son traditionalisme n'arrivant pas à lui injecte la grandeur qui lui revient.
