Scénario : Frank Spotnitz et Chris Carter
Avec David Duchovny, Gillian Anderson et Amanda Peet
Genre : thriller
Durée : 1H44
HISTOIRE : Face aux mystères et au paranormal, l'agent Mulder poursuit sa quête de la vérité. L'agent Scully, médecin femme passionnée et intelligente, est toujours intimement liée à ses recherches...
Il existe bien des méthodes pour pouvoir vendre un film. On peut filer plein de pognons à l'équipe marketing pour qu'elles conçoivent des affiches et bandes annonces tape-à-l'½il qui font gentiment saliver. On peut s'affilier à quelques sponsors qui, contre une légère rémunération, accepteront de faire de la publicité intensive. On peut s'investir dans tous les médias connus pour être sûr qu'aucun spectateur potentiel ne passe à côté du film. Et puis, il y a le marketing moderne. C'est un peu le même principe que la cuisine moderne (celle où on nous sert un cube de viande accompagné de quatre grains de riz) : ne rien faire. A l'inverse du matraquage pour bien faire rentrer dans la tête des gens que le film il est bien à voir, l'autre méthode consiste à ne surtout pas en parler. C'est la technique qu'a toujours employé Chris Carter autour de sa célèbre franchise X-FILES. On ne dit rien, on ne montre rien ou alors très peu et on joue sur l'attente des fans. A l'instar du premier long-métrage, ce deuxième film a donc fait l'objet d'un blackout complet. L'histoire a été gardé secrète, le tournage n'a rien laissé filtré et la bande annonce ne dévoilait absolument aucune information. A une époque où on a tendance à aller en salle en sachant exactement ce qui va se passer, régénération est l'un de ses rares cas dont on ne soupçonne rien de son contenu. Mais comme le rappelle certains : lorsque sa tactique de vente se fonde sur du vent, c'est peut-être parce qu'il y a rien à vendre. Et c'est en gros ce qui se passe (ou plutôt ce qui ne se passe pas) dans le film de Chris Carter.
Laissant aux oubliettes ses théories extraterrestres, Carter a décidé pour ce second film d'offrir une histoire entièrement inédite ou un looner comme on dit dans le jargon. Un choix qui est rassurant en soit, les looner étant souvent les meilleurs épisodes de la série. Le principe de ces derniers se reposent approximativement sur le même principe que celui du complot alien. On prend une croyance populaire quelconque (c'est pas ça qui manque), on en extrait les aspects les folklorique pour n'en garder qu'une vision réaliste et crédible. Le procédé a fait ses preuves et incarne l'une des meilleures qualités de la série qui a su transcender en son temps des histoires traditionnelles. Mais ce régénération est loin de suivre la même voie. La bande annonce laissait circonspect par son usage d'une musique opulente sur des images fort banales. L'introduction du film ne fait que conformer cela en cherchant à faire monter la sauce en croisant une scène d'agression et les recherches du FBI sur celle-ci.
Car il faut le dire net : il ne se passera rien de passionnant dans l'heure et demi qui suivra. Si on excepte une course-poursuite sans grande teneur, aucun rebondissement majeur n'émaille le récit qui s'avère décevant dans tout les sens du terme. L'investigation se montre trop tranquille et aisé avec un manque cruel de tension. Le plus gros problème est que le parcours des héros et de nos méchants (on gardera leurs natures secrètes par respect) ne se croisent pratiquement pas. Les deux groupes de personnages suivent leurs chemins chacun de leur côté et ça n'est qu'après plus d'une heure de métrage que quelques connexions apparaissent. A ce problème de narration se rajoute une absence de rythme et un traitement horrifique pauvret. Si l'histoire promettait bien quelques moments d'horreur intéressants, le film s'en montre dénué par un traitement terriblement fade et convenu. On en vient aisément à regretter les rumeurs de film de loup-garou véhiculé sur internet lors de la production.
Carter n'arrive pas à renouer avec l'esprit de la série et arrive encore moins à donner une ampleur cinématographique. Si le budget allouer permet d'obtenir une photographie et des mouvements de caméras plus travaillés que dans la série, l'ensemble reste trop prisonnier de ses origines télévisuelles. Là où combattre le futur arrive à afficher de nouvelles ambitions visuelles bien qu'inabouties (tout le final dans le vaisseau alien), régénération se complet dans une mollesse et une fadeur qui ne passe que sur petit écran. On ne peut toutefois pas enlever à Carter la volonté de vouloir explorer plus que d'ordinaire ses deux personnages centraux. Suivant désormais leurs chemins propres, Mulder et Scully ont de plus en plus de mal à se faire face. Leurs relations et leurs sentiments l'un pour l'autre deviennent plus que compliqués et l'histoire qui est relaté ici devrait permettre de crever l'abcès. Enfin en théorie. Le film est en effet loin d'offrir un travail pointu des rapports entre ses personnages. Si le film joue sur le background développé par la série, cela n'excuse pas les facilités du traitement de l'évolution de leur relation. Difficile en effet de comprendre l'apparition comme un cheveux sur la soupe d'une scène de couple au lit alors que nos personnages ne se sont de toute évidence pas revue depuis bien longtemps. Accompagner d'une réflexion pompeuse sur la croyance (le titre original a beaucoup plus de sens que celui français), les deux personnages se montrent des pantins aux émotions exécutés sur commandes. Le seul intérêt de ces retrouvailles pourrait tenir dans la nostalgie mais son exécution est tellement artificiel qu'elle se montre plus détestable que respectable (difficile de croire à l'arrivée de Skinner).
Nostalgie mal manipulée, histoire sans intérêt, personnages creux... X-files : régénération barbotte dans ses défauts. Le seul constat qu'on retire de la vision de la chose est que la franchise est arrivée au bout de la course. Il vaut mieux pour Chris Carter de clore ce chapitre et de passer à autres choses. Mais vu que le message de son film est ne renonce jamais, on peut craindre qu'il persiste...
