Scénario : Alfred Gough et Miles Millar
Avec Brendan Fraser, Jet Li et Luke Ford
Genre : aventure
Durée : 2H00
HISTOIRE : En Asie, Rick O'Connell et les siens vont livrer un combat sans merci à l'Empereur Dragon. Des catacombes de la Chine antique aux sommets de l'Himalaya, l'explorateur intrépide, son jeune fils Alex, sa femme Evelyn et son beau-frère Jonathan affronteront la Momie ressuscitée du plus cruel conquérant de Chine. Victime d'une sorcière maléfique, l'Empereur Dragon et ses 5000 soldats ont été relégués pour l'éternité dans les limbes. L'immense armée de terre cuite reposera ainsi durant 2000 ans, oubliée de tous, jusqu'à ce qu'Alex commette l'erreur de réveiller son chef. Pour éviter une vague de méfaits, Rick devra appeler à la rescousse les seules personnes plus habiles que lui à combattre les morts-vivants : sa propre famille...
L'exagération à Hollywood est toujours bien vue. Dans la citadelle du cinéma, on a tendance à favoriser les personnes qui en font beaucoup trop que celle qui en font pas assez. Il en faut toujours plus et jamais moins, quitte à ce que les limites de la bienséance se retrouve atomisées. La surenchère, à la fois la qualité de cette industrie (qui n'aime pas voir des épopées spectaculaires ?) et son défaut majeur (qui aime qu'on lui martèle le crâne ?). Du coup, Hollywood c'est le divertissement opulent aux grands sentiments mais c'est aussi une certaine forme de débilité et d'écoeurement sur pellicule. Difficile de trouver un représentant plus emblématique de ces travers que la série des the mummy. À la base, on ne peut pourtant nier que les intentions du réalisateur Stephen Sommers était louable en souhaitant faire renaître l'esprit des production de la Hammer avec les moyens actuels. Bien que sympathique, le résultat s'avérera néanmoins handicapé par une overdose d'effets spéciaux et sa pantalonnade humoristique. Sa suite boursouflée ne fera qu'empirer les choses en multipliant cette profusion par 2. Cette saturation que les spectateurs ne se sont pas plaints à mentionner explique sûrement la certaine durée séparant ces deux suites et surtout le revirement dont il fait l'objet. Jugeant que resituer à nouveau l'action en Egypte apparaîtrait définitivement pour de l'exagération opportuniste (surtout lorsqu'on voit où on a laissé Imhotep), ce troisième opus prend une nouvelle direction. L'Egypte cède ainsi la place à la Chine. Un choix cohérent par rapport aux intentions de la série, la Hammer ayant plusieurs fois collaboré avec les studios de la Shaw Brothers. Néanmoins, cette nouvelle orientation ne change finalement rien à la donne et ce tombeau de l'empereur dragon tombe dans les travers de ses aînés.
Pourtant, on se prend à espérer un spectacle de haute tenue pendant la première demi-heure. Succédant à Sommers à la réalisation, Rob Cohen va y développer une atmosphère très proche de son c½ur de dragon (son meilleur film à ce jour. à travers une voix-off solennel mais à l'écriture enfantine, il introduit sa légende de l'empereur dragon (Jet Li transparent) en relatant ses rêves de gloire et son désir d'immortalité. Le ton se fait ainsi très naïf, ce qui n'est pas désobligeant en soit puisque Cohen l'assume pour en tirer un certain charme. Il arrive ainsi à nous séduire par ce traditionalisme cucul mais enchantant. On pourrait se moquer de sa manière de filmer avec des ambitions de grandeur des décors banals, des costumes et accessoires manufacturés mais le c½ur y est et surtout il n'y a pas d'excès. Pratiquement sans gros effets spéciaux, cette première partie verse dans un relatif intimiste (ça reste hollywoodien) provoquant une sorte de convivialité avec le spectateur. À ce ton à la limite du conte s'ajoute un goût pour la noirceur certes dissimulés (cet écartelage hors champ) mais assez étonnant dans ce genre de production policée. On retrouve même quelques instances dramaturgiques assez savoureuses notamment dans sa description de notre couple d'héros. A l'instar de Indiana Jones et du royaume du crâne de cristal, le scénario appréhende l'effet du temps qui passe sur les figures aventureuses. On les avait quitté archéologues fouineurs, on les retrouve petits bourgeois dans un milieu incarnant l'idéal de la stabilité sociale mais qui ne leur plaît guère. Il caressent toujours leur soif d'aventure qui va se retrouvé rassasié dans l'heure et demi qui suit. Et c'est là que les ennuis commencent.
Après 30 minutes très convaincantes, ce troisième opus retombe dans les travers habituels de la série. Si on retrouvait bien les figures de style habituel de la franchise dans cette demi-heure (l'amour interdit ancestrale, la tombe avec ses pièges vicieux, la momie en décomposition cherchant à récupérer ses pouvoirs, le mortel aidant la momie dans sa tâche), le traitement se montrait pertinent et sans grand excès. L'humour certes peu fin arrivait même à faire mouche. Mais dès l'arrivée de John Hannah, c'est le retour de la bonne grosse pantalonnade gonzo avec ses sidekicks qui ne s'arrêtent jamais. Ça en devient rapidement lourd avec en sus des conflits générationnels sans fin. Si le cocktail de noirceur et de naïveté est toujours là, la sauce ne prend plus à une telle débauche. Il en va de même pour les effets spéciaux. Le numérique s'avère toujours aussi pompier au travers d'effets abusifs sans grande teneur culminant dans l'exploitation d'un bestiaire de mauvais goût à l'utilité discutable avec ses yétis, dragons à trois têtes et autres diablotins. On reconnaîtra pourtant bien répartis au cours du film des money shots qui font fichtrement plaisir (l'apparition des avions durant la bataille finale) et renforçant l'efficacité d'un spectacle parfois mise en scène trop près du corps. On reprochera d'ailleurs à nouveau cette profusion aucunement maîtrisé dans l'action où la structure narrative se retrouve sacrifier sur l'autel de la constance spectaculaire.
Un spectaculaire qui capture certes l'attention du spectateur mais qui en oublie de le ménager. Loin du cocktail bien dosé, la momie 3 est éruption sans fin d'action, d'humour et d'effets spéciaux. Ça a beau procurer une amusante ivresse sur le momment, attention à la gueule de bois.
