Scénario : Philip Eisner
Avec Laurence Fishburne, Sam Neill et Kathleen Quinlan
Genre : science-fiction
Durée : 1H32
HISTOIRE : 2047. Le vaisseau spatial "Lewis & Clark" s'apprète à regagner sa base quand l'équipage reçoit l'ordre de gagner la station Daylight pour embarquer le physicien William Weir, avec lequel il doit repartir en direction de Neptune. Quelques années plus tôt, Weir avait conçu un engin spatial révolutionnaire capable de se déplacer plus vite que la lumière mais qui disparut corps et biens aux abords de Neptune. La mission du "Lewis & Clark" consiste à repérer l'epave de l'"Event Horizon", à déceler les causes de sa mysterieuse avarie et à récupérer les éventuels survivants.
Dans notre monde, tout ne peut pas être tout blanc ou tout noir. On a beau souvent penser que certaines personnes sont des parfaits modèles de respectabilité et d'autres des incarnations pur et simple du mal, cette caractérisation simpliste est souvent erronée. Le meilleur homme n'est-il pas jamais à l'abri de commettre un acte malfaisant même minime ? Le pire homme ne peut-il quant à lui pas être sujet à des élans de générosité ? Le manichéisme est une donnée plus qu'abstraite qui est de moins en moins pris en cause. Ainsi on a pas beau aduler certains réalisateurs, ils sont toujours capables de nos sortir une bonne bouse. Quant à ces réalisateurs mondialement détestés, ils peuvent faire preuve parfois de bonnes idées. Et c'est le cas du mésestimable Paul W.S. Anderson. Les mortal kombat et autres abjects resident evil ont rapidement fait d'Anderson une véritable cible humaine par la médiocrité de sa production. Pourtant, on peut toujours lui reconnaître quelques bonnes intentions. Il suffit de lire quelques-unes de ses interviews pour se rendre compte qu'il est un passionné à tendance geek. Malheureusement, on se demande toujours ce qui lui passe par la tête pour maltraiter à un tel point ses ambitions. Encore aujourd'hui il est difficile de se remettre des matchs de catch que constitut le clash alien VS predator. Néanmoins, de sa filmo peu enviable, il ressort un film particulier : EVENT HORIZON, mélange inaboutie mais excitant de space opera et de fantastique horrifique.
Pourtant, le film n'avait à la base aucune raison de sortir de la masse. Le script initialement écrit par Philip Eisner prévoyait en effet un spectacle de science-fiction conventionnel où une équipe de sauvetage se retrouvait confronté à une menace extraterrestre dans un vaisseau abandonné. Face à cette base classique, Anderson souhaitera offrir un peu de nouveauté au genre en modifiant l'origine du danger. Il évacue ainsi les aliens vu et archi-revu au profit d'un apport strictement surnaturel. Preuve donc que le projet aurait loin d'être aussi intéressant sans Anderson aux commandes et qu'il est capable de bonnes choses quand il veut. De retour d'une dimension inconnu, le Event Horizon ne ramène pas des vilains E.T mais ni plus ni moins que des horreurs de l'enfer. Le pitch en devient tout un coup nettement plus original, à un tel point qu'on dirait cette idée sortir de l'esprit tordu d'un Clive Barker.
Ce mélange détonnant des genres porte bien sa patte et est d'autant plus marqué lors de visions sanglantes assez hallucinantes (notamment la mort du médecin tout droit sortie d'un hellraiser). C'est d'ailleurs ce qui sépare un peu plus event horizon des autres réalisations d'Anderson. Loin du découpage policé ne laissant place à aucun débordements sanglants de ses resident evil et alien VS predator, event horizon offre un gore parfois très craspec avec effusions de sang et autres corps mutilés. Une teneur en hémoglobine bien présente et marquante (la vidéo du journal de bord) mais qui a toutefois été charcuté par les majors du studio. Sur les 40 minutes (!) de métrage coupés, pratiquement la moitié était consacré à de la débauche de violence gorifique. De ces pertes, on ne trouve qu'un aperçu dans l'édition collector du film puisque, à une époque où le DVD venait juste d'émerger, les morceaux sacrifiés n'étaient pas conservés. Ajouté à un bide méchant en salles (25 millions de dollars cumulé sur le territoire américain pour un budget de 70), le manque de prestige de la production (pas de véritable grand nom à l'affiche) ne poussait guère le studio à envisager une director's cut.
Même si elle demeure assez présente pour frapper, l'horreur se dégageant du film est donc loin de remplir les ambitions d'Anderson. Néanmoins, ses velléités artistiques elles restent belle et bien présente. La direction artistique est en effet d'une qualité fort honorable. Avec son budget très confortable, Anderson construit un décor inquiétant dont les élans artistiques s'avèrent souvent réussit. Si on retrouve l'indispensable côté rétrofuturiste popularisé par le alien de Ridley Scott, Anderson va transformer le Event Horizon en une sorte d'inquiétante cathédrale gothique (connotations christique à l'appui). L'architecture est des plus enivrante par des constructions délirantes et agressives (on s'étonne après que le créateur du vaisseau devienne givré). Un choix incroyable de la part d'Anderson lui qui avait abandonné le manoir gothique de resident evil[ au profit d'un univers high-tech aseptisé. Et c'est avec un certain amour qu'il filme sa création au travers d'une mise en scène souvent efficace même si entaché d'effets numériques de bien piètre qualité.
Car il faut néanmoins remettre en perspective au milieu de ce concert d'éloges étonnant que event horizon souffre de graves défauts. Au-delà d'effets spéciaux pas franchement glorieux (les maquettes et les maquillages s'avèrent très corrects au regard de CGI fumeux), c'est l'écriture qui souffre de nombreux cafouillages. Si Anderson offre quelques séquences sensationnelles par rapport à son pitch, le déroulement du récit s'avère bien souvent trop traditionnel. Anderson a souvent la manie de ressortir les gros clichés du film de maison hantée entre les coups contre les murs et les murs pissant le sang. Anderson se place alors à l'extrême opposé d'un Clive Barker qui manipulait les codes du genre pour transcender tout impact émotionnel. Ici, l'implication du spectateur est d'autant plus difficile qu'on se retrouve avec les pires clichés du genre : le capitaine qui a laissé crever son coéquipier, la mère divorcée qui veut retrouver son enfant, le black rigolo, le docteur bien louche... C'est parfois à la limite du supportable. Les acteurs ont d'ailleurs souvent du mal à leur donner vie (le grand Sam Neill est incroyablement mauvais dans certains moments).
Sans être un chef d'½uvre, les qualités assez conséquentes de event horizon en font un certain objet de culte. Il s'agit surtout d'une terrible étape dans la carrière de son réalisateur, l'accueil catastrophique l'ayant poussé à finalement adopter les opinions des studios et à poursuivre sa carrière de tâcheron. A revoir sa meilleure réalisation, on peut se dire que c'est une regrettable perte.




