Halloween 3

Halloween 3
Réalisation : Tommy Lee Wallace
Scénario : Tommy Lee Wallace
Avec Tom Atkins, Stacey Nelkin et Dan O'Herlihy
Genre : horreur
Durée : 1H30

HISTOIRE : Un fabricant de masques d'Halloween met au point un plan démoniaque pour tuer des millions d'enfants avec ses masques...


Si on a tendance à critiquer les producteurs qui maltraite n'importe comment des ½uvres parce qu'ils ne les comprennent pas, on oublie que les spectateurs peuvent également faire souffrir de manières inconsidérées certains films pour les mêmes raisons. Peu enclin à apprécier les ambitions d'un projet, ils peuvent rejeter certains films ne répondant pas à leurs conventions avec la même virulence dont savent faire preuve les majors des studios. Une grande partie des chefs d'½uvre de ce monde ne sont-ils pas d'ailleurs des films incompris à la sortie et qui seront réévalués avec le temps ? Sans être un, la dénégation du public a eu des conséquences fâcheuses à ce troisième opus de la série des HALLOWEEN, sous-titré le sang du sorcier. Après deux épisodes consacrés au mythique Michael Myers, John Carpenter a l'impression d'avoir fait le tour de la question. Les deux long-métrages ont en effet explorés approximativement tout ce que la base minimaliste pouvait donné et les multiples ersatz qu'ils ont engendré ne fait que renforcer ce constat. Du coup, lorsque le producteur Moustapha Akkad demande un troisième épisode à la série, Carpenter décide de faire preuve une nouvelle direction à la franchise. Son ambition ? Oublié le génial boogeyman qu'il a créé et faire de Halloween une anthologie de films d'horreur autour de la fête du 31 octobre. Malheureusement, le public ne suivra pas. Tout ce qu'il veut, c'est du slasher et ne comprend pas pourquoi Michael Myers n'apparaît pas dans le long métrage. Ce troisième volet devient alors le vilain petit canard de la série alors qu'il est pourtant loin d'être honteux.

Confié à Tommy Lee Wallace (ami de Carpenter et monteur sur le premier film de la série), season of witch brille de plusieurs qualités. Rien que son fonds est passionnant et se montre aussi sulfureux que le Carpenter des grands jours. Exit le tueur au couteau de cuisine, la nouvelle menace est désormais incarnée par un machiavélique marchand de jouet. Le film prend alors un sens tout autre même si Cochran partage une notion du mal innée très proche de celle de Myers (ils font le mal parce que c'est leur nature). Si on met de côté les notions fantastiques du récit, le film est une charge virulente contre l'industrie du jouet. Incarné par une somme de costards-cravates inexpressifs, le film critique ces marchands avec leurs produits manufacturés dont la piètre qualité cache des ambitions tout autre (financière dans la vie courante, meurtrière ici). Il pointe également du doigt le matraquage médiatique qu'ils font subir à nos chères têtes blondes pour les endoctriner et les forcer à agir comme ils le souhaitent. Les vendeurs de jouet ne sortent pas grandit de l'affaire donc avec cette intrigue dévoilant que derrière leur sympathie et leur allure séduisante, l'industrie la plus charmante peut cacher les pires monstres.

Dans son ensemble, le film est loin de se montrer policé et politiquement correct d'ailleurs. Dans les deux précédents films, on regardait d'un ½il douteux le personnage du Dr Loomis, Némésis de Michael Myers qui s'avérait parfois aussi psychotique que celui qu'il traque. Ce genre d'idée de rompre avec un manichéisme très hollywoodien se prolonge ici. Le héros n'est donc pas une personne forcément recommandable à la fois divorcé et alcoolique et l'ensemble de la galerie de personnage ne sont pas des modèles à suivre. Cela n'empêche pas d'avoir de la sympathie pour eux mais on se trouve ici face à une certaine ambiguïté loin d'être inintéressante. Tommy Lee Wallace ne s'arrête pas là et va jusqu'à livrer un final extrêmement pessimiste. Il y refuse toute forme de romantisme dans une révélation prévisible et versant au bout du compte dans une sorte de comédie involontaire (la répétition des attaques est épuisante). Mais surtout il concocte une chute implacable sous forme de fin du monde qui renvoie là encore à quelques uns des meilleurs Carpenter. Cela dit, malgré ses comparaisons flatteuses, Tommy Lee Wallace ne reste qu'un élève appliqué du maître. Aidé par les mêmes collaborateurs que le maître (notamment le directeur de la photographie Dean Cundey), Wallace réemploi ce style fait de plans fixes millimétrés et de travellings corsés. Malheureusement, il n'arrive pas toujours à trouver une inspiration identique au maître et le dynamisme n'est pas toujours là. Cela ne l'empêche pas de composer quelques grands moments avec en point d'orgue une traumatisante séquence de test où une famille subit les méfaits des masques de notre fabricant démoniaque. Rien que cette scène bouleversante mérite qu'on fasse un détour par le film.

Les spectateurs de l'époque ont toutefois trouvé que cela ne suffisait pas et voulait leur traditionnel serial killer. L'absence d'adhésion du public força la production à faire revenir Michael Myers pour réobtenir les faveurs du bon peuple. Face à cette décision, Carpenter quitta le navire jugeant qu'il s'agissait là de radotages inutiles. Une opinion qui s'avérera diablement véridique au vu des multiples suites faisandées jusqu'à ce que Rob Zombie vienne y mettre son grain de sel.

# Posté le vendredi 25 juillet 2008 05:28

l'incroyable hulk

l'incroyable hulk
Réalisation : Louis Leterrier
Scénario : Zak Penn et Edward Norton
Avec Edward Norton, Live Tyler et Tim Roth
Genre : action
Durée : 1H52

HISTOIRE : Le scientifique Bruce Banner cherche désespérément un antidote aux radiations gamma qui ont créé Hulk. Il vit dans l'ombre, toujours amoureux de la belle Betty Ross et parcourt la planète à la recherche d'un remède. La force destructrice de Hulk attire le Général Thunderbolt Ross et son bras droit Blonsky qui rêvent de l'utiliser à des fins militaires. Ils tentent de développer un sérum pour créer des soldats surpuissants. De retour aux Etats-Unis, Bruce Banner se découvre un nouvel ennemi. Après avoir essayé le sérum expérimental, Blonsky est devenu L'Abomination, un monstre incontrôlable dont la force pure est même supérieure à celle de Hulk. Devenu fou, il s'est transformé en plein coeur de New York. Pour sauver la ville de la destruction totale, Bruce Banner va devoir faire appel au monstre qui sommeille en lui...


Dur dur de continuer de bosser lorsqu'on a perdu toute crédibilité. Lorsqu'on cumule les conneries phénoménales, on ne vous prend plus au sérieux. Vous avez beau vous défendre de mille et un arguments tout à fait pertinents, rien ne change au fait qu'on vous regarde avec dédain en considérant de manière risible votre travail. Les mots ne compte pas et seuls les actes ont un poids véritable au ½il du monde. C'est ce qu'a finit par comprendre la Marvel. Rompant son partenariat avec la 20th Century Fox, le grand manitou Avi Arad a ouvert son propre studio avec pour objectif d'obtenir un contrôle complet sur les ½uvres de son catalogue et réussit à offrir des films satisfaisant pour les fans. Si on reste encore circonspect sur certains aspects de la production (les deux films sortis du studio ont été réalisé par des faiseurs et non des auteurs), Marvel studios semble bien partis pour redorer le blason du film de super héros. Ce qui a plutôt bien réussit à iron man fonctionne ainsi à merveille avec cet INCROYABLE HULK. Un projet casse-gueule sur bien des points mais qui incarne parfaitement cette volonté de rédemption émanant de la Marvel.

Lorsque Ang Lee sort sa monture de Hulk en 2003, la Marvel va essuyer les plâtre. Si certains trouveront cette adaptation aussi audacieuse qu'abouti, la grande majorité des fans la rejettent en bloc. Si le film connaît un succès financier honorable, il s'avère une des ½uvres les détestées par les amateurs de comic books. Il faut dire qu'engager le réalisateur de tigre et dragon et autres ice storm n'apparaissait pas comme le choix le plus judicieux. De tout évidence peu aficionados de comic, Lee avait appréhendé son travail en se fondant sur les mythes fondateurs de la création de Stan Lee. Frankenstein, Docteur Jekyll & Mister Hyde, la belle et la bête... Pas forcément un mauvais choix mais que Lee va développer par des prétentions auteurisantes plombantes. Comprenant à posteriori que le discours de Lee a beaucoup de mal à passer, Avi Arad s'excusera publiquement de l'avoir mit aux commandes et promet une nouvelle version revue et corrigée par rapport à ce que recherche les fans. Voilà ce qu'est l'incroyable Hulk qu'on nous présente aujourd'hui, une ½uvre moins ambitieuse dans son fonds et plus conventionnel mais qui s'avère un spectacle autrement plus divertissant.

Le manque de prise de risque peut d'ailleurs se considérer dès les premières minutes du film. Alors que le film fut présenté comme une relecture complète du premier opus, celui-ci préfère fait fi de ses éléments introductifs. Le générique d'ouverture moche comme tout se chargera d'expliquer les origines du héros et le rapport des personnages. On sent là une volonté de ne pas trop désarçonner le public lambda pas très regardant sur les productions qu'on lui sert. Du coup, malgré le remplacement du casting, ce dernier pourra se croire dans une suite directe de la première version puisque le film de Louis Leterrier commence là où celui de Ang Lee se terminait. On retrouve donc Bruce Banner devenu désormais un fugitif qui s'est réfugié en Amérique du Sud. Cela dit en dehors de ce tour de passe-passe discutable, cette introduction donne le credo d'un film passionné. Dans une ambiance très Jason Bourne (référence amplifié par une poursuite à pieds en pleine ville), on découvre notre personnage principal et ses meurtrissures. Loin de la psychanalyse de Ang Lee, Leterrier se concentre sur les sentiments généraux d'un individu coupé de son passé et obligé de refuser toute aide extérieur. La détresse et le pathétique du personnage (il est souvent réduit à l'état de clochard) déteint sur l'ensemble de son parcours.

Edward Norton nourri avec admiration le rôle et fait preuve d'un charisme au combien plus considérable que Eric Bana. Une véritable aubaine pour l'acteur qui s'est d'ailleurs improvisé scénariste pour le coup. Il faut dire que sa situation actuelle s'avère assez similaire à celle de la Marvel. L'interprète de fight club n'a rien fait de fameux ces dernières années et commençait à nous faire croire qu'il allait devenir has been avant l'heure. Le partenariat est réussit puisque la Marvel récupère un traitement pertinent de son géant vert et Norton un rôle à sa mesure. Marvel cherche d'ailleurs de toute évidence pour sa nouvelle politique à s'entourer d'un maximum d'acteur de prestige et non pas de comédiens à la mode. Après la classe du casting d'iron man, l'incroyable Hulk fait également fort en convoquant, outre Norton, l'impeccable William Hurt et surtout l'immense Tim Roth composant un méchant monstrueux. On sera nettement moins convaincu par Tim Blake Nelson se lançant dans un numéro à la Jeremie Davis et surtout Liv Tyler complètement transparente. Il faut dire qu'après Jennifer Connelly, n'importe quelle actrice serait fade à côté.

Cela n'empêche néanmoins pas les aspects romantiques de l'histoire de se montrer admirable. Assumant ses grands sentiments, la vision des rapports Banner-Roth est gorgée d'une émotion véritable que Letterier transmet par des images significatives à l'impact percutant (les retrouvailles sur le pont, l'abri dans la caverne, la protection contre le crash de l'hélico). Au-delà de l'action, Letterier arrive à composer des moments plus calmes mais pas moins poignants. Si il demeure à son statut de faiseur, il s'applique avec soin à transmettre le romanesque qui s'échappe de nombreux passages. Le réalisateur de Danny the dog reste néanmoins le plus talentueux dans l'action. Mettant de côté l'extravagance du film de Ang Lee, Letterier revient à un style plus terre à terre à l'image du relooking de la créature. Là où le bestiau ressemblait à un benêt bodybuildé auparavant, il apparaît ici comme une véritable brute avec son visage taillé à la serpe et ses muscles hypertrophiés aux veines tendues. Les scènes d'action n'évitent pas toujours le granguignolesque (Hulk éteint un feu en tapant des mains) et les effets de styles pompeux (les ralentis mal ajustés), elles font néanmoins preuve d'une grande efficacité portée par les élans héroïques (mais dénué du lyrisme de Danny Elfman) de la musique de Craig Armstrong. Cascades spectaculaires et chorégraphies monstrueuses parsèment les séquences de bastons jusqu'à un phénoménal combat final de 15 minutes sous forme de chaos urbain. Si la lisibilité n'est pas toujours là, c'est du vrai film de super héros auquel on assiste.

Moins réflexif et plus centrés sur les émotions, ce nouveau Hulk est un réussite en tant que divertissement estival. On lui reprochera bien une profondeur thématique limité mais il faut mieux un film qui traite passionnément ses maigres ambitions que n'importe comment ses hautes prétentions.

# Posté le mercredi 23 juillet 2008 12:16

the dark crystal

the dark crystal
Réalisation : Jim Henson et Frank Oz
Scénario : David Odell
Avec Jim Henson, Kathryn Mullen et Frank Oz
Genre : fantasy
Durée : 1H29

HISTOIRE : Un autre monde, un autre temps, à l'âge des miracles... Jen et Kira, seuls survivants de la race des Gelfings, partent à la recherche d'un éclat de cristal gigantesque, abîmé dans une commotion planétaire, qui donne force et puissance aux Mystiques, un peuple sage et pacifique. Ils doivent affronter les terribles et cruels Skekses qui tiennent ces derniers en esclavage.


Le souci avec la puissance de la puissance de la technologie, c'est qu'elle provoque un amalgame entre le pouvoir et le vouloir. Est-ce parce que je peux faire quelque chose que je veux forcément le faire ? Les avancées techniques ne sont censées nous offrir que des possibilités qui ne seront mise en ½uvre que par notre stricte volonté. Or celle-ci est souvent mise au placard au profit des techniques les plus pointues sous le simple prétexte qu'elles apparaissent plus simples. Mais veut on vraiment de cette recherche de facilité à tout prix ? Ne désire-t-on pas souvent au contraire de difficultés pour pouvoir savourer à sa juste mesure le travail accomplit ? C'est ce que bon nombre de grosses productions actuelles ont oublié. Grâce à la puissance du numérique, tout peut se réaliser. Mais celle-ci ne joue-t-elle pas forcément contre la créativité ? Puisque l'ordinateur peut me générer le images les plus spectaculaires, il n'apparaît plus utile de chercher bien loin ce qu'il faut représenter. On peut tout faire pourquoi chercher des idées à tartanpion ? Le pouvoir obscurci alors la volonté. En résulte des ½uvres souvent creuses, sans recherche ni invention. Il n'y a qu'à voir la brochette de films d'heroic fantasy post-lord of the rings pour se rendre compte de l'évidence. Tout étant désormais servie sur un plateau, la passion manque à ces projets qui n'ont plus l'endurance de devoir mener à bien leur spectacle en faisant front de tous les obstacles. Réalisé il y a maintenant 25 ans, THE DARK CRYSTAL est une ½uvre qui incarne cette passion de vouloir offrir un spectacle hors norme malgré les nombreux problèmes que cela pose.

A l'inverse du labyrinth qu'il réalisera 4 plus tard, Jim Henson veut créer avec dark crystal un film dénué de toute apparition humaine pour offrir un spectacle au-delà de tout ce qui est connu. En dehors de quelques décors naturels, dark crystal est une ½uvre de pure création. Pratiquement rien n'est vrai et tout a du être construit pour que le film voie le jour. Les personnages, les décors, les paysages... Rien de ce qu'on voit ne répond aux normes de notre univers humain. Par conséquent, the dark crystal est une ½uvre qui correspond parfaitement au terme inédit. La conséquence de cette quête d'originalité est bien sûr une réelle preuve d'invention. L'imaginaire se doit d'être à la mesure du travail qu'il engendrera. Se creusant la tête pour concevoir un univers impressionnant mais également réalisable, les auteurs ont ainsi mis un point d'honneur à perfectionner leurs travaux. Le design des personnages transcende toutes les proportions connues et les images mélangent plusieurs styles pour aboutir à une ½uvre cosmopolite comme l'atteste les divers emplois dialectiques.

En soit, cela répond parfaitement à une histoire qui brasse de multiples éléments mythologiques. Des références pas forcément surprenantes lorsqu'on sait que le film est produit par Gary Kurtz. Producteur de star wars, Kurtz est un grand fan de l'ouvrage de Joseph Campbell le héros aux 1000 visages. Dans ce dernier, Campbell explicitait ce qu'il appelait le monomythe. Cette théorie se repose sur le principe que toutes légendes et récits héroïques se basent sur des ficelles narratives similaires. Sous la tutelle d'un mentor qui se doit de disparaître, un héros au c½ur pur doit se lancer dans une série d'épreuve qui le changera à jamais et rencontre une foule de personnage type... Le schéma est universel et toutes histoires dignes de ce nom se doivent d'y répondre. the dark crystal s'inscrit dans cette tradition en respectant les archétypes du genre. Cela explique la certaine correspondance qu'on trouvera entre le film et d'autres ½uvres comme star wars (Kurtz poussa George Lucas a utilisé les écrits de Campbell), le seigneur des anneaux (le nettoyage d'un village paisible notamment qui renvoie à celui de la Comté) et à divers autres mythologie (christique notamment). De cette étude du monomythe, the dark crystal obtient un souffle épique et aventureux qui peut donner toute sa puissance à la production en cours.

Porté par les virevoltantes émotions de son script (prolongés par la musique de Trevor Jones), the dark crystal met en ½uvre des moyens fou pour mettre en image son scénario. La production dispose d'une multitude de décors phénoménaux et de marionnettes d'une qualité surprenante. Si certains manquent quelques peu de fluidité (les gelflins notamment), difficile de nier la forte impression que laisse les Skeksis, monarchie décadente incarné par des rapaces maléfiques, les Garthim, scarabées géants et destructeurs, ou encore les Mystic, créatures sages sentant la fin du monde approché. Le bestiaire est une surprise de tous les instants se déjouant des règles de la nature comme le montre ce passage dévoilant un marécage grouillant de vie. Néanmoins, Jim Henson peine à rentre son divertissement spectaculaire par la mise en scène. Plus préoccupé à masquer les techniques d'animation de ses personnages, il se montre restreint dans sa réalisation. Malgré un soin du cadrage certain déployant une poésie enchantant, le film manque parfois de dynamisme laissant pointer les limites de la technique. Mais la magie et la sincérité de la production ballait ces quelques imperfections pour laisser place à l'émerveillement le plus enfantin.

Audacieuse (peu de personne actuellement accepterait de se relancer dans une telle aventure), intelligente (voir comme le manichéisme de l'½uvre est évacué par la philosophie de son final), incroyable (quel univers on nous offre)... the dark crystal est une ½uvre unique en son genre et garde toujours sa force deux décennie plus tard. On ne peut qu'espérer qu'il en sera de même pour power of the dark crystal, suite que devrait réalisé Genndy Tartakovsky l'année prochaine.
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# Posté le mardi 22 juillet 2008 06:01

Wall-E

Wall-E
Réalisation : Andrew Stanton
Scénario : Andrew Stanton
Avec les voix de Ben Burtt, Fred Willard et Jeff Garlin
Genre : animation
Durée : 1H37

HISTOIRE : WALL-E est le dernier être sur Terre et s'avère être un... petit robot ! 700 ans plus tôt, l'humanité a déserté notre planète laissant à cette incroyable petite machine le soin de nettoyer la Terre. Mais au bout de ces longues années, WALL-E a développé un petit défaut technique : une forte personnalité. Extrêmement curieux, très indiscret, il est surtout un peu trop seul... Cependant, sa vie s'apprête à être bouleversée avec l'arrivée d'une petite "robote", bien carénée et prénommée EVE. Tombant instantanément et éperdument amoureux d'elle, WALL-E va tout mettre en oeuvre pour la séduire. Et lorsqu'EVE est rappelée dans l'espace pour y terminer sa mission, WALL-E n'hésite pas un seul instant : il se lance à sa poursuite... Hors de question pour lui de laisser passer le seul amour de sa vie...


A l'inverse de ses concurrents, Pixar a toujours mis un point d'honneur à repousser les limites. Le studio de John Lasseter n'a jamais considéré que la somme de ses compétences et de son savoir-faire comme une fin. Ceux-ci ne sont que des moyens pour aller plus loin dans des spectacles divertissant mais artistique intègre. Leurs productions évitent de se reposer sur ce qui est connut et désire approfondir constamment leur travail. Cet esprit a toujours motivé Pixar qui ne refuse jamais l'audace même si elle remet en cause ses principes. Alors que Lasseter présentait Pixar comme une serre cultivant ses propres talents, il accepta bien d'accueillir son ami Brad Bird pour mettre au point les renversants indestructibles. Alors que Pixar se repose sur des projets entièrement originaux, le studio fera exception prochainement en adaptant les romans de la série princess Mars. Sans être un freak, Pixar est un iconoclaste qui se fixe des défis plus barrés les uns que les autres. Leur dernière création WALL-E s'inscrit dans cette lignée en se fixant des degrés d'ambition particulièrement élevé.

Les bandes annonces ont clairement mise en avant les audaces du projet par la présentation de son personnage titre : un petit robot au dialecte limité qui passe ses journées à nettoyé la Terre. Un joli mariage bâtard. Alors que le film prend place dans un univers futuriste aux accents apocalyptique, notre ami robotique se lance dans une série de saynètes gaffeuses à la Charlie Chaplin et Buster Keaton entre deux extraits de la comédie musicale Hello Dolly. Il tient de l'euphémisme de dire que voir des images de villes détruites et pollué s'enchaîner sur des airs des 50's est étonnant. Mais ce qui apparaît encore plus audacieux est la ligne directrice que semblait prendre la production. À l'image de mon voisin Totoro de Hayao Miyazaki, le film semblait loin du carcan habituel proposé par ce type de production. Pas de grandes péripéties apparentes ou de méchant à combattre mais juste un héros mimi tout plein (il n'est pas humain de ne pas l'aimer) dans son quotidien. Une impression néanmoins trompeuse puisque Pixar a ici manié avec brio son outil marketing. Tout ce que les bandes annonces ont proposé ne correspond qu'à la première demi-heure du film. Malheureusement, ce choix rend l'entrée en matière décevante par rapport aux attentes engendrées. Certes Wall-e est bien rigolo grâce à une animation incroyable et sa romance avec Eve est craquante mais là où on espérait un prolongement pertinent des images proposées par les divers extraits, le film ne propose rien de plus supplémentaire. Ce condensé d'une demi-heure s'avère alors décevant puisque bien trop rapide, là où un Miyazaki prenait amplement son temps pour capter le spectateur. Tout s'enchaîne trop vite, l'humour mordant dans la bande annonce ne fonctionne plus trop dans le film et on aurait bien voulu que le film dépeint plus longuement le quotidien de son héros.

Mais à cette première demi-heure en demi-teinte se suit une heure de spectacle de haute volée. Difficile d'en parler sans trop déflorer une intrigue qui se doit d'être gardé secrète pour conserver le maximum de surprise. Car si vous êtes de ceux qui pensent que Pixar s'embourbe toujours et encore dans les mêmes thématiques, wall-e risque bel et bien de vous surprendre. Certes comme le laisse augurer le pitch, Wall-e va connaître une aventure énorme qui va lui permettre de trouver sa place dans le monde et d'être en paix avec lui-même. Mais cela est prétexte pour tisser une réflexion plus que pertinente sur notre société. A l'image du monstrueux happy feet de George Miller auquel il reprend l'idée de faire interpréter les humains par de vrais acteurs (la justification de la technique est assez intéressante), Andrew Stanton pose de réelles question sur le fonctionnement de notre monde actuel. Plutôt que de s'arrêter au simple propos écologique comme le fait pratiquement toutes les autres productions du même calibre, Stanton explore les aspects sous-jacents de son propos. Il dépeint ainsi une humanité aveuglée par la puissance de sa technologie, prisonniers de celle-ci dans le seul but de nourrir une société de consommation sans but si ce n'est de favoriser la fainéantise. Il tisse un constat amer d'une institution privilégiant un statu quo voué à l'échec plutôt que de rechercher la solution à leurs problèmes. En cela, Wall-e dispose d'un propos incroyablement fascinant et riche s'étendant à une réflexion sur la place de l'homme on ne peut plus étonnante dans une telle ½uvre mais jamais déplacé. On s'amuse bien sûr de ce clin d'½il à 2001 au comique exagéré mais dont l'implication émotionnelle est d'une puissance folle puisque incarnant ni plus ni moins que la renaissance de l'humanité.

La théorie c'est bien beau mais il ne faut pas oublier qu'on a affaire également à un divertissement. Rompant avec les promesses de la bande annonce, Wall-E devient donc un gros film d'aventure plein de scènes plus ébouriffantes les unes que les autres. Sans atteindre les sommets de ses aînés, Stanton conçoit une mise en scène assez spectaculaire et énergique dans un décor inventif. Mais tout comme c'était le cas de son monde de Nemo, la principale attraction du récit tient dans un coté buddy movie entre son petit robot timide et une robote high tech dure à cuire. Nourri par une animation riche en détail, l'interaction entre les deux personnages donne lieu à un festival de gags tordants et de passages émouvants. Leurs parcours sera riche en rencontres surprenantes propices à créer une galerie de personnages attrayantes et de construire une réflexion sur la robotique qui n'a pas à rougir face à du Isaac Asimov.

C'est donc habilement que Wall-e arrive à jouer sur tout les tableaux. En dépit d'une demi-heure introductive décevante, difficile de nier l'effet de cette aventure palpitante, spectaculaire et intelligente. Lorsque le générique où les styles graphiques conçus par l'homme s'enchaînent apparaît enfin, on sort de la séance revigoré avec la confiance dans des lendemains heureux.

# Posté le dimanche 20 juillet 2008 08:13

voyage au centre de la terre

voyage au centre de la terre
Réalisation : Eric Brevig
Scénario : Michael Weiss, Jennifer Flackett et Mark Levin
Avec Brendan Fraser, Josh Hutcherson et Anita Briem
Genre : aventure
Durée : 1H32

HISTOIRE : Personne ne croit plus le professeur Trevor Anderson lorsqu'il affirme être sur le point de faire une extraordinaire découverte. Ses hypothèses révolutionnaires l'ont mis au ban de la communauté scientifique. Pourtant, au cours d'une expédition en Islande, Trevor et son neveu, le jeune Sean, sous la conduite de leur guide islandaise Hannah, vont se retrouver plongés dans l'inconnu. Dans leur périple vers les profondeurs de la Terre, ils rencontreront des mondes inexplorés, des merveilles extraordinaires, des dangers mortels et des créatures fabuleuses... Une seule chose est certaine : à 6 Km sous la surface, tout peut arriver.


Adapter une ½uvre littéraire en film n'est jamais une mince affaire. On ne va pas reparler ici du fait que le langage littéraire et celui cinématographique sont complètement différent, qu'il ne faut pas confondre l'adaptation avec la transposition et donc qu'un film respectant à la lettre ce qui est noté dans le livre ne sera pas forcément réussi. Non aujourd'hui, nous resterons à la surface des choses en examinant l'adaptation uniquement par rapport à son sens. Car on peut demeurer fidèle à une ½uvre en apparence mais ça n'est pas pour ça que l'adaptation respecte l'écrit dont il est tiré. Un film peut se contenter de reproduire plusieurs éléments marquants de l'ouvrage mais ses modifications qu'elles soient nécessaires ou non peuvent altérer ce qui faisait l'essence de l'½uvre. On a vécu cela récemment avec la fin de I am legend dénaturant l'approche mythologique originelle par une réflexion évangéliste d'un goût douteux.

L'apparence est bonne mais le fond l'est nettement moins. Certains auteurs sont habituer à ce genre de pratique puisque les adaptations dont ils font l'objet ne portent généralement que sur les idées générales de leurs ½uvres et non sur l'écrit dans son ensemble. Dans ce cas, on pourrait citer Philip K. Dick ou encore Jules Verne. C'est de ce dernier dont il est question avec cette nouvelle version de son VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE. En soit, on ne pourrait pas reprocher les auteurs de s'écarter un peu de ses écrits. Disposant de pitch fabuleux, les livres de Verne sont partagés entre un sens de l'aventure spectaculaire et une pédagogie moribonde. Cette dualité entre le divertissement et le discours scolaire a souvent poussé les auteurs à ne garder que les grandes lignes de ses histoires et de les développer vers de nouvelles voies. Encore faudrait-il cependant que cet aiguillage se fasse vers le spectacle de qualité. Il n'en est aucunement question dans le film de Eric Brevig.

Pourtant, on pourrait difficilement remettre en cause ce qui apparaissait comme une démarche sincère. Car il s'agit là d'un sacré clin d'½il à l'auteur de 20 000 lieues sous les mers que de choisir un de ses ouvrages afin de développer la technique d'un cinéma en 3 dimensions. Inclut ouvertement dans le récit et moteur de l'avancée des héros, le scénario rappelle à quel point Verne eut une influence autant sur la littérature que sur le monde scientifique. Auteur visionnaire, il créa des histoires fantastiques favorisant les fantasmes des hommes et les poussant à imaginer une autre façon de voir le monde. Le voyage spécial dans de la Terre à la Lune, la puissance des moyens de locomotions dans le tour du monde en 80 jours, l'exploration subaquatique dans 20 000 lieues sous les mers... Il favorisait l'esprit de l'homme à croire que les limites pouvait être repoussé. Cette adaptation du voyage au centre de la terre vise à rendre hommage au bonhomme par l'emploi d'une technologie du cinéma 3D qui transcende l'expérience cinématographique jusqu'alors connu. Une manière de tirer son chapeau à une personnalité qui favorisa ce genre d'avancée. Malheureusement, encore faudrait-il la maîtriser et c'est loin d'être le cas ici.

Voyage au centre de la terre ne fait que fonctionner autour de son principe de cinéma en 3D. Tout l'intérêt du film repose sur l'utilisation de ce procédé qui sera en grande partie utiliser qu'au travers d'effets gratuits. On se souvient que durant les années 80 lorsque la 3D a émergé avec ses pauvres lunettes en carton aux pastilles rouges et bleus, une quantité de film sont sortis où les réalisateurs ne faisaient pas grand-chose que jeter des objets vers la caméra afin que le spectateurs lâchent des exclamations attendues. Et bien, c'est exactement la même chose ici : Bave de dinosaure coulant sur la caméra, personnages brandissant le poing, bestioles et accessoires s'approchant rapidement de la caméra... ça en donne mal à la tête autant que c'est inutile. Comme l'atteste l'obligatoire passage des montagnes russes avec sa vue subjective s'éternisant plus que de raisons, voyage au centre de la terre ne se pense plus que par son expérience et en oublie les vertus cinématographiques indispensables. La première de toute est bien sûr que tout effet de style se doit d'être justifié. Or on passera sur cette “justification” se passant sur un humour au mieux enfantin et au pire hermétique (voir le passage du crachat dans le lavabo).

Si l'émergence d'une telle technologie aurait fait probablement plaisir à Jules Verne, il doit se retourner dans sa tombe de voir son travail ainsi traité. Car au-delà du gadget de la 3D (car il ne s'agit que de ça ici), le film est une entière catastrophe. Respectant certes l'intrigue générale du récit (un peu obligé vu que les personnages se balade avec le bouquin), le scénario manque cruellement de rythme et s'avère avare en péripéties. Peu de scènes d'action à signaler et rien de bouleversant à signaler, tant Brevig signe une mise en scène inepte. Ancien spécialiste des effets spéciaux, il ne pense le film qu'en perspective et au rendu qu'aura la 3D. Il ne soucie aucunement de l'importance du cadrage. Le résultat est insupportable à suivre, collant n'importe comment aux acteurs et donnant des allures de soap bas de gamme au spectacle. Voilà qui est gênant pour une ½uvre se reposant sur le spectaculaire même si les superviseurs des effets spéciaux sont là pour donner de l'ampleur en concrétisant les magnifiques visions de Verne. L'équipe de tournage se repose entièrement sur elle et passe le temps en explorant les facéties de Brendan Fraser. Véritable festival de port n'wak pour l'acteur, voyage au centre de la terre risque bien de détruire tout ce qu'on peut penser de bien de lui avec ses multiples numéros du professeur gaffeur à la parodie de rambo en passant par la comédie involontaire (les tétons qui pointent sous son T-shirt mouillé).

Divertissement plus familial tu meurs, voyage au centre de la terre est un naufrage complet. Loin de populariser l'emploi d'un cinéma en 3D, il risque au contraire de renforcer les positions de ses détracteurs qui n'y voient qu'une bizarrerie frimeuse ne servant à rien au cinéma actuel. En attendant que la technique soit utilisé par de vrais metteurs en scène, on passera rapidement son chemin face à ce spectacle ennuyeux et épuisant.
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# Posté le mercredi 16 juillet 2008 11:08