Scénario : Tommy Lee Wallace
Avec Tom Atkins, Stacey Nelkin et Dan O'Herlihy
Genre : horreur
Durée : 1H30
HISTOIRE : Un fabricant de masques d'Halloween met au point un plan démoniaque pour tuer des millions d'enfants avec ses masques...
Si on a tendance à critiquer les producteurs qui maltraite n'importe comment des ½uvres parce qu'ils ne les comprennent pas, on oublie que les spectateurs peuvent également faire souffrir de manières inconsidérées certains films pour les mêmes raisons. Peu enclin à apprécier les ambitions d'un projet, ils peuvent rejeter certains films ne répondant pas à leurs conventions avec la même virulence dont savent faire preuve les majors des studios. Une grande partie des chefs d'½uvre de ce monde ne sont-ils pas d'ailleurs des films incompris à la sortie et qui seront réévalués avec le temps ? Sans être un, la dénégation du public a eu des conséquences fâcheuses à ce troisième opus de la série des HALLOWEEN, sous-titré le sang du sorcier. Après deux épisodes consacrés au mythique Michael Myers, John Carpenter a l'impression d'avoir fait le tour de la question. Les deux long-métrages ont en effet explorés approximativement tout ce que la base minimaliste pouvait donné et les multiples ersatz qu'ils ont engendré ne fait que renforcer ce constat. Du coup, lorsque le producteur Moustapha Akkad demande un troisième épisode à la série, Carpenter décide de faire preuve une nouvelle direction à la franchise. Son ambition ? Oublié le génial boogeyman qu'il a créé et faire de Halloween une anthologie de films d'horreur autour de la fête du 31 octobre. Malheureusement, le public ne suivra pas. Tout ce qu'il veut, c'est du slasher et ne comprend pas pourquoi Michael Myers n'apparaît pas dans le long métrage. Ce troisième volet devient alors le vilain petit canard de la série alors qu'il est pourtant loin d'être honteux.
Confié à Tommy Lee Wallace (ami de Carpenter et monteur sur le premier film de la série), season of witch brille de plusieurs qualités. Rien que son fonds est passionnant et se montre aussi sulfureux que le Carpenter des grands jours. Exit le tueur au couteau de cuisine, la nouvelle menace est désormais incarnée par un machiavélique marchand de jouet. Le film prend alors un sens tout autre même si Cochran partage une notion du mal innée très proche de celle de Myers (ils font le mal parce que c'est leur nature). Si on met de côté les notions fantastiques du récit, le film est une charge virulente contre l'industrie du jouet. Incarné par une somme de costards-cravates inexpressifs, le film critique ces marchands avec leurs produits manufacturés dont la piètre qualité cache des ambitions tout autre (financière dans la vie courante, meurtrière ici). Il pointe également du doigt le matraquage médiatique qu'ils font subir à nos chères têtes blondes pour les endoctriner et les forcer à agir comme ils le souhaitent. Les vendeurs de jouet ne sortent pas grandit de l'affaire donc avec cette intrigue dévoilant que derrière leur sympathie et leur allure séduisante, l'industrie la plus charmante peut cacher les pires monstres.
Dans son ensemble, le film est loin de se montrer policé et politiquement correct d'ailleurs. Dans les deux précédents films, on regardait d'un ½il douteux le personnage du Dr Loomis, Némésis de Michael Myers qui s'avérait parfois aussi psychotique que celui qu'il traque. Ce genre d'idée de rompre avec un manichéisme très hollywoodien se prolonge ici. Le héros n'est donc pas une personne forcément recommandable à la fois divorcé et alcoolique et l'ensemble de la galerie de personnage ne sont pas des modèles à suivre. Cela n'empêche pas d'avoir de la sympathie pour eux mais on se trouve ici face à une certaine ambiguïté loin d'être inintéressante. Tommy Lee Wallace ne s'arrête pas là et va jusqu'à livrer un final extrêmement pessimiste. Il y refuse toute forme de romantisme dans une révélation prévisible et versant au bout du compte dans une sorte de comédie involontaire (la répétition des attaques est épuisante). Mais surtout il concocte une chute implacable sous forme de fin du monde qui renvoie là encore à quelques uns des meilleurs Carpenter. Cela dit, malgré ses comparaisons flatteuses, Tommy Lee Wallace ne reste qu'un élève appliqué du maître. Aidé par les mêmes collaborateurs que le maître (notamment le directeur de la photographie Dean Cundey), Wallace réemploi ce style fait de plans fixes millimétrés et de travellings corsés. Malheureusement, il n'arrive pas toujours à trouver une inspiration identique au maître et le dynamisme n'est pas toujours là. Cela ne l'empêche pas de composer quelques grands moments avec en point d'orgue une traumatisante séquence de test où une famille subit les méfaits des masques de notre fabricant démoniaque. Rien que cette scène bouleversante mérite qu'on fasse un détour par le film.
Les spectateurs de l'époque ont toutefois trouvé que cela ne suffisait pas et voulait leur traditionnel serial killer. L'absence d'adhésion du public força la production à faire revenir Michael Myers pour réobtenir les faveurs du bon peuple. Face à cette décision, Carpenter quitta le navire jugeant qu'il s'agissait là de radotages inutiles. Une opinion qui s'avérera diablement véridique au vu des multiples suites faisandées jusqu'à ce que Rob Zombie vienne y mettre son grain de sel.


