Scénario : Terry Jones
Avec David Bowie, Jennifer Connelly et Brian Henson
Genre : fantasy
Durée : 1H36
HISTOIRE : Une toute jeune fille romantique se sentant mal à l'aise dans sa famille s'évade en lisant des contes fantastiques. Son livre favori "le Labyrinthe" lui ouvre une nuit les portes d'un autre monde. Sarah voit son jeune frère, Toby, enlevé par une troupe de lutins aux ordres du séduisant et cruel Jareth. Elle part au secours de l'enfant et pénètre dans le labyrinthe qui mène au palais du ravisseur.
Il existe des ½uvres qui bénéficient de conjonctures miraculeuses. Par un heureux hasard ou une envie d'offrir le meilleur travail possible, certains films se composent d'une somme de talents incroyables. Voilà qui rend toute suite plus attractif une ½uvre par rapport au tout venant. Le souci est que cette alléchante affiche peut se retourner contre le film. Cette réunion prestigieuse provoque une trop forte attente et le résultat déçoit alors forcément. L'équipe a beau faire son boulot avec leurs compétences habituelles, le résultat n'est pas forcément la somme de leurs talents. C'est ce qui se passe avec ce LABYRINTHE dont le générique ferait bander n'importe quelle personne sensée. Jugé plutôt : George Lucas à la production, des créatures signés par le studio de Jim Henson, un scénario écrit par Terry Jones, une musique composé par Trevor Jones, David Bowie en prince des lutins et last but not least, Jennifer Connelly en héroïne. Une sacrée prochaine de star dans leurs domaines respectifs. Malheureusement, aussi charmant soit ce voyage, labyrinthe n'est pas une claque et se montre une production pas toujours conçu dans la meilleure optique.
Evidemment, on pourrait sortir le joker traditionnel : le vilain George Lucas est passé par là. Mais il apparaîtrait vain de faire ressassé une nouvelle fois sur le côté obscur du papa de star wars avec ses raisonnement de costards-cravates. D'autant plus qu'on ne dispose pas de preuves tangibles de son incursion dans ce projet, on évitera de jouer la même rengaine. Cela n'empêche pas labyrinthe de souffrir de certains choix assez agaçants. Si voir David Bowie incarné un machiavélique roi est un plaisir de part son redoutable charisme, on sera moins enthousiaste de le voir régulièrement poussé la chansonnette. Ça n'est pas que la voix du chanteur soit détestable mais cet apport musical est loin d'être toujours justifié que ce soit pour des raisons narratives (le morceau magic dance interrompt carrément l'intrigue) ou d'ambiance. Les chansons sont en effet du pur rock 80's bien tache agréable pris seul mais qui font un peu désordre dans un univers de fantasy. On peut facilement considéré que le choix de Bowie dans le rôle fut motivé par la possibilité de sortir une BO fichtrement vendeuse. Cela expliquerait d'ailleurs pourquoi Trevor Jones signe une partition terriblement ancré dans les 80's au lieu de ses fulgurantes envolées orchestrales. Toujours dans une optique marketing, on peut s'interroger sur l'utilité de certains personnages comme ce vieillard au chapeau louche ou ces créatures à tête interchangeable. Des créations originales et charmante mais qui ne servent pas vraiment à grand-chose dans l'histoire et semble surtout nourrir les rayons de jouets dérivés pour la sortie du film. Cela dit, il y a eu pire comme développement mercantile.
Car si on pointera ici et là les orientations douteuses du projet, labyrinthe reste une ½uvre écrite avec un sens de la féerie, de la magie et de l'enchantement qui échappe à de nombreuses productions actuelles. Metteur en scène des films de la troupe des monty python dont il a fait parti, Terry Jones est une personnalité dont on a trop rapidement oublié la compétence et qui est resté dans l'ombre de son comparse Terry Gilliam. C'est d'ailleurs sans grand étonnement qu'on retrouve des similarités entre le travail des deux bonhommes. Le scénario de labyrinthe présente ainsi de nombreuses similarités avec le time bandits que Gilliam signa 5 plus tôt. Le début est notamment pratiquement identique. On découvre notre personnage principal qui s'avère fasciné par les univers imaginaires et qui va s'y retrouver projeté. Reste à savoir néanmoins si cela est bien réel et non hallucination. En ce sens, les deux films réclament l'attention du spectateur quant à la décoration de la chambre des héros et héroïne, cette dernière contenant foule de détails étranges en lien avec l'aventure qui va suivre. Néanmoins, si Gilliam relatait dans son film l'importance de l'imagination dans un monde fade et sans intérêt, Jones livre quant à lui un message plus classique sur le passage à l'adulte. Notre héroïne adolescente est en effet tellement fasciné par les contes de fées qu'elle en est prisonnière. Elle devra affronter ces derniers pour pouvoir sans détacher et grandir même si la fin rappelle qu'il ne faut pas se détourner de son imaginaire. Malheureusement, le traitement de ces thématiques est bien moins convaincant que chez Gilliam. La faute en revient à un script bien trop orienté vers l'action et qui ne laisse plus de grande place au sous-texte.
C'est néanmoins un sacré périple que nous offre Terry Jones. Cumulant nombres de clin d'½il aux contes, Jones offre une aventure passionnante où l'inventivité règne en maître. De personnages en hauts en couleurs en situations étonnantes, son imagination ne connaît aucune limite. Il se permettra même d'inclure un côté trash très monty pythonesque avec le passage dans les marées à la puanteur éternelle au sound design raffiné. De bonnes idées le script n'en manque donc pas, ce qui fait plaisir là où les productions qu'on se coltine actuellement cherche à jouer sur le spectaculaire. Il faut dire que les contraintes techniques de l'époque empêchaient de pouvoir concrétiser facilement des visions incroyables. La grâce du numérique ne rendait alors pas tout possible comme l'atteste l'apparition d'un hideux hibou en 3D dans le générique d'ouverture. Du coup, il fallait jouer sur d'autres aspects pour mettre en image des histoires aussi ambitieuse. C'est là qu'interviennent les compétences de Jim Henson. Pour être franc, le papa des muppets n'est pas le cinéaste le plus passionnant qui soit. Son travail sur la caméra s'avère en effet très décevant puisque sortit de quelques travelling et mouvement de grue bien sentis, sa mise en scène reste assez statique.
Son talent tient plus dans un découpage d'une grande pertinence (la scène finale des escaliers en est le meilleur exemple) et surtout dans une maîtrise technique complète. Si aujourd'hui les créatures seraient générées par ordinateur, il n'y avait à l'époque pas d'autres choix que de les réaliser en live. Labyrinthe présente ainsi une quantité très importante de marionnettes et de maquillages à la qualité extravagante tant leur crédibilité est constamment assuré. Usant de méthodes d'une constante habilité (personnes de petite détails dans des costumes, cadrages étudiés pour masquer les trucages de l'animation), Henson arrive à rendre réelle son univers fantaisiste sans une seule fausse note. Les trucages sont pensés avec une intelligence folle pour ne jamais coupé le spectateur de la magie du spectacle. Alors oui on dira que les décors sont en carton-pâtes et souvent étriqués (le matte painting et la perspective forcée est utilisé perpétuellement) mais quel envoûtement sans dégage par la passion des artisans qui s'y sont consacré !
Toutes les man½uvres en dessus de table susmentionnées n'y change rien, labyrinthe est une ½uvre qui contient de la vraie magie et un pouvoir d'enchantement véritable. Porté par la passion de leurs auteurs dans la fantaisie, il s'avère un spectacle d'une grande audace dont le temps ne peut détruire les qualités artistiques.



