Scénario : William Wisher et Warren Lewis
Avec Antonio Banderas, Diane Vendra et Omar Sharif
Genre : guerriers tailladés à la serpe
Durée : 1H38
HISTOIRE : Contraint a l'exil par son calife, pour avoir seduit la femme d'un autre, Ahmed Ibn Fahdlan est envoye comme ambassadeur en Asie mineure. Une prophetie l'oblige a devenir le "13e Guerrier" d'un groupe de Vikings partant porter secours au seigneur Rothgar, dont le village est regulierement attaque par une horde de demons, mi-humains mi-animaux. Au cours de ce long periple vers le nord de l'Europe, Ahmed apprend la langue de ses compagnons et le maniement des armes. Sur place, il devra affronter ses propres peurs.
Tout auteur a dans sa filmographie au moins une œuvre charnière, une oeuvre qui bouleversera entièrement le reste de sa carrière. Il s'agit d'œuvres tellement importantes qu'on peut dire qu'il y a eu un “avant” et “après”. Bien sûr, le terme importance peut se relativiser. Celui-ci peut se rattacher à l'impact qu'aura le film sur la perception du spectateur. Mais il peut également se montrer plus limitatif en ne provoquant de bouleversement que dans la carrière des personnes qui ont participé. Si il y a bien une œuvre qui a marqué un tournant pour le réalisateur américain John McTiernan, c'est LE 13EME GUERRIER. Et ce ne fut malheureusement pas un virage bénéfique pour le papa de die hard. Depuis le mythique predator, McTiernan a vécu pratiquement une décennie de succès public qui ont fait de lui l'un des réalisateurs de cinéma d'action les plus acclamés des 90's. Le 13ème guerrier va mettre fin à cette popularité justement acquise de manière précipité. Après cette incursion dans le monde des vikings, McTiernan peinera pour réussir à monter ses projets dans les années 2000 et est aujourd'hui à la limite des oubliettes de l'Histoire. Un triste constat pour un des meilleurs réalisateurs hollywoodiens dont on n'a toujours pas pardonné le désastre de cette production.
Pourtant, tout s'annonçait sous les meilleurs hospices. Cette adaptation du roman les mangeurs de morts de Michael Crichton s'annonçait comme une des sorties majeurs de l'été 1999. L'ouvrage de Crichton est considéré par ses fans comme un de ses meilleurs écrits et qui mieux que McTiernan pouvait représenter ce récit guerrier ? Les relations entre l'écrivain et le réalisateur apparaissent d'ailleurs cordiales puisque les bonhommes envisagent déjà de refaire équipe pour une adaptation du roman turbulences. Les échos font état d'un tournage rude promettant une fresque barbare comme on a jamais vu. Et puis, tout s'écroule comme un château de carte. A la vu des rushes, Crichton fait la grise mine et se rend compte qu'il n'est pas sur la même longueur d'onde que McTiernan. Egalement producteur du film, l'auteur de jurassic park exige que McTiernan revoit sa copie mais ce dernier refuse absolument de modifier son œuvre. S'engage alors un bras de fer entre les deux bonhommes qui fera la joie de la presse spécialisée. McTiernan perdra cette bataille à l'usure. Déclarant forfait, il abandonne la production pour se consacrer à la réalisation du remake de l'affaire Thomas Crown. Crichton devient le seul maître à bord et ne se prive pas pour bidouiller comme il le souhaite le matériau de McTiernan et retourner aussi certaines scènes (notamment le combat avec la mère des Wendhol). Au total, on estime que le montage a perdu entre 45 et 55 minutes de séquences. Pourquoi des coupes si importantes ? Parce que de toute évidence, le projet vu par Crichton et celui vu par McTiernan ne concordaient pas vraiment. Comme semblait l'attester le pré-film annonce contenant quelques plans sacrifiés, McTiernan voyait ici l'occasion de signer un film guerrier à la brutalité sans concession. En revanche, le produit final laisse entendre que Crichton souhaitait plus un classique film d'aventure. En atteste la modification de la musique. McTiernan engagea en premier lieu le compositeur Graham Revell pour signer un score aux accents tribaux. Crichton retira ce dernier au profit d'une partition plus traditionnelle (mais non moins jubilatoire) de Jerry Goldsmith. Il s'agit là donc d'une mauvaise entente qui provoqua l'un des plus grands objets de frustration de ces 10 dernières années.
Que reste-t-il donc du 13ème guerrier ? De beaux restes, on pourrait dire. Si les fans les plus irréductibles de McTiernan maintiennent que le film est un chef d'œuvre en dépit de ces vilaines coupes, celles-ci restent trop palpables pour donner toute sa force au projet. Avec sa montagne de scènes supprimées, le film manque parfois de sa saveur. Les séquelles sur des personnages peu explorés ne peuvent être ignoré et surtout, il est difficile de faire l'impasse sur un rythme bien mal équilibré. Il n'y a qu'à prendre l'ouverture du film. La version de McTiernan devait s'attarder grandement sur le périple du personnage titre jusqu'à sa rencontre avec les vikings. On assistait alors à ses contacts avec plusieurs peuplades, ce qui allait renforcer son statut de collecteur d'histoire qui apparaîtra au final mais également mettre en avant l'importance du brassage culturelle qui est au centre de l'œuvre de McTiernan et qui reviendra souvent au gré du long métrage (entre autres dans la merveilleuse scène de transition dialectique). Crichton préférera néanmoins sacrifié toute cette première partie, la résumant de manière ennuyeuse Cela dit, il faut reconnaître que le remontage ne fait pas disparaître les nombreuses ambitions du 13ème guerrier. Car le film regorge d'audaces scénaristiques qui méritent toutes notre attention. Rien que le parti pris narratif s'avère culotté puisque le narrateur de notre histoire n'est pas le héros. Le personnage de Ahmed ibn Fahdlan n'en en effet qu'un protagoniste actif certes mais secondaire de cette aventure se finalisé par la sacralisation du chef viking Buliwyf. Le procédé n'est pas nouveau (Akira Kurosawa nous a bien fait vivre 40 plus tôt sa forteresse cachée du point de vu de ses 2 sidekicks) mais reste trop peu employé pour ne pas s'épater d'un tel travail de conteur amplifié par une mise en scène resituant constamment Antonio Banderas par rapport aux restes du groupe. Crichton mis à mal néanmoins cette ambition en cherchant à recentrer le montage sur le personnage. Le film qui devait d'ailleurs s'appeler easters of the dead comme le roman d'origine se retrouva dénommé le 13ème guerrier pour faire passer Banderas comme le héros de l'histoire. Le film peine malheureusement par manque de matériau propice à être incorporé dans cette optique. C'est ainsi que la romance entre Ahmed et une paysanne restera superficielle et ne trouvera pas de conclusion puisque celle tragique conçu par McTiernan l'inscrivait dans la construction de la légende de Buliwyf et non dans le parcours du personnage.
De légende, il est d'ailleurs on ne peut plus question dans le 13ème guerrier. L'œuvre n'est en effet ni plus ni moins qu'une relecture du célèbre poème Beowulf auquel les oripeaux du fantastique auraient été enlevé. En cela, le 13ème guerrier est véritablement le précurseur du mode de pensée des années 2000 où les mythes seront réexplorés dans une optique réaliste et humaine comme le fera Troie et autres roi Arthur. Modifiant légèrement les noms des protagonistes, le récit reprend à son compte les divers passages du poème (l'affrontement dans la salle du trône, le combat avec le dragon, la recherche de la mère des monstres dans sa caverne) mais les reforme pour aboutir à une vision tout à fait plausible. Bref, il s'agit de montrer la naissance des légendes comme dans cette scène coupée où lors de leur périple en mer, les vikings se croyaient attaqués par des monstres marins qui s'avéraient être des baleines. Pour poursuivre cette optique, McTiernan pratiqua un tournage éreintant. Tourné en grande partie dans des décors naturelles magnifié par une photographie limitant l'apport de lumières artificiels, le visuel du film dispose d'un réel cachet. On sent la dureté des conditions de tournage à chaque image et cela rend encore plus héroïques chaques gestes, mouvements ou dialogues des acteurs. Si cette relecture réaliste d'une œuvre fantastique fonctionne si bien, c'est parce qu'il est impossible de remettre en cause ne serait-ce qu'une seconde la crédibilité de cette univers barbare. La crasse étreint chaque décor et c'est avec hardiesse que le casting les traverse ou s'y combatte. Les batailles du film se montrent d'ailleurs fiévreuses et brutal même si le remontage a évacué les nombreux éléments gores qui les parsemaient.
Mais en dépit de ses qualités, le constat fait mal. Alors que l'heroic fantasy et les fresques guerrières allaient obtenir les louanges du public deux ans plus tard, le 13ème guerrier apparaît trop en avance sur son temps et les spectateurs le boudent. Il faut dire qu'il n'y a pas grand monde pour les pousser en salles. Se rangeant du coté de McTiernan, la critique se fait assassine face au film qu'on lui présente. Quant à McTiernan lui-même, il refuse d'assurer la promotion du film. Banderas en fera autant pendant qu'Omar Sharif se retirera des plateaux après avoir vu le sort que le film lui a réservé. Avec ses 100 millions de dollars de budget alloué, le studio Buena Vista fait fichtrement la gueule face à une telle contre-performance. Et Crichton dans tout ça ? Le bonhomme pense être dans son bon droit et refuse catégoriquement d'offrir la possibilité à McTiernan de livrer sa version du film. Les rumeurs les plus folles disent même qu'il aurait brûler les négatifs originaux pour que cette director's cut ne voit jamais le jour. Il faudra donc se contenter du film que l'on connaît. Une œuvre maltraité mais audacieuse et passionnée...
