Scénario : George Romero
Avec Michelle Morgan, Shawn Roberts et Nick Alachiotis
Genre : horreur
Durée : 1H35
HISTOIRE : Des étudiants en cinéma tournent, dans une forêt, un film d'horreur à petit budget, lorsque la nouvelle tombe au journal télévisé : partout dans le pays, on signale des morts revenant à la vie. Témoins de massacres, de destructions et du chaos ambiant, ils choisissent alors de braquer leurs caméras sur les zombies et les horreurs bien réelles auxquels ils sont confrontés afin de laisser un témoignage de cette nuit où tout a changé.
Le problème avec l'émergence des nouvelles technologies, c'est que ça en laisse généralement un paquet sur le carreau. Ce soucis touche tout particulièrement les personnes qui ont déjà été rodé par l'ancien système. Ils ont leurs habitudes et leurs propres mécanismes qui sont bien difficile à remettre en cause lorsque ceux-ci sont qualifiés d'obsolète. La transition n'est jamais fondamentalement harmonieusement, on tâtonne vers des champs inédits et dans 99% des cas, on se plante. Dans de nombreux domaines, cela n'est pas si grave et fait partit de l'apprentissage. Malgré la nécessité d'appréhender vite de nouveaux outils, le droit à l'erreur est relativement permis. Ça n'est pas foncièrement le cas au cinéma où la seconde chance est bien rare. En cas de ratage pour appréhender de nouvelles perspectives, les chanceux pourront toujours revenir à ce qu'ils savent faire si l'ancien système n'a pas été bouffé par le nouveau. Si ça n'est pas le cas, c'est malheureusement le départ anticipé des plateaux comme se fut le cas pour de nombreux acteurs muets à l'émergence du cinéma parlant. Ce qui nous amène au cas de George Romero et son DIARY OF THE DEAD. Après Brian de Palma sur redacted, Romero est le second vieux routard qui a décidé cette année d'employer le style cinéma documentaire très en vogue actuellement. Mais si le résultat rejoint sur plusieurs points le vrai-faux remake d'outrages du père de Palma, il s'avère fichtrement plus mitigé en dévoilant un réalisateur qui a du mal à appréhender cette nouvelle vision de l'art.
Contrairement à ce qu'on pourrait penser donc, diary of the dead rejoint plus dans ses intentions narratives redacted que cloverfield. Si on retrouve par rapport à ce dernier l'idée de suivre une catastrophe (un monstre géant chez Matt Reeves, des morts-vivants chez Romero) filmé par une bande de quidam, la manière dont est structuré le film renvoie plus au film de Brian de Palma. Il n'est pas ici question de nous transmettre juste la vidéo tournée sur place et qui consisterait en un bout à bout d'images saisis sur le vif. diary of the dead s'accroche plus que jamais à sa définition de documentaire, tout comme le faisait redacted. Le film rassemble donc, outre la vidéo des personnages principaux, plusieurs autres sources d'informations. Néanmoins, là où de Palma utilisait ce système pour s'amuser avec la virtuosité qu'on lui connaît, Romero souhaite utiliser le montage de ses divers images à des fins plus réflexives sur leurs pouvoirs. C'est toutefois là que les soucis commencent puisqu'on peine à assimiler fondamentalement ce que doit être à la base le film. Dans sa présentation, la monteuse et petite amie du réalisateur confie avoir voulu rendre le film effrayant en jouant donc sur le montage (bien foutu dans l'ensemble) et en ajoutant aussi le musique (thèmes pour sursauter plus qu'éculés) dans le but de nous avertir. Nous sensibiliser sur quoi exactement ? On ne le sait pas foncièrement. La déshumanisation de notre société ? La folie engendré par la popularisation des médias ? Le chaos engendré par l'approche de la fin de notre civilisation ? Un peu tout ça si on en croit les multiples passages à intervalle constant où sur des images d'archives bien réels, notre monteuse tient des discours de piliers comptoirs à la Michael Moore.
Des moments aussi agaçants qu'inutiles puisqu'ils ne disent rien de plus que ce qui a été relaté dans les moments capturés par son petit copain. Ce qui en soit présente un certain problème puisque cela passe par des dialogues ultra explicatifs qui font assez tache dans une ambiance stressée de fin du monde. Certes, la saga des morts-vivants de Romero n'a jamais été connue pour la subtilité de ses dialogues mais Romero passe définitivement la barre de l'acceptable ici. C'est là que le film coince énormément. Plutôt que d'assumer une approche strictement réaliste, Romero se met à tâter entre une orientation fictionnelle et documentaire. Dans une forme privilégiant le second sur le premier, on se retrouve alors avec des éléments assez embarrassants puisque rigoureusement too much. Certains personnages charismatiques sont trop bigger than life (un irréductible amish sourd et muet, un prof alcoolo dégommant des zombies à l'arc) pour croire qu'ils sont authentiques et certains passages se jouent trop d'eux même pour croire qu'il se déroule dans la vraie vie. En ce sens, le pompon est détenu par cette séquence vers la fin où une demoiselle se fait poursuivre selon tous les clichés présentés dans la première scène du film. Une séquence très drôle en elle-même mais dont le registre comique outrancier fait tache dans une ½uvre à la volonté réaliste, là où la plus pure fiction n'aurait conservé que son état d'excellence. De cette hésitation des genres résulte une certaine artificialité et une difficultés à avaler certains passages trop peu crédibles pour fonctionner dans cette orientation. Certains moments sont trop orchestré, trop mécanique pour se montrer convaincant comme lorsque nos protagonistes passent à côté de zombies sans les voir (notamment dans la dernière attaque de l'hôpital). Il y a néanmoins bien quelques bonnes idées qui ressortent de l'approche comme l'utilisation des caméra de surveillance dans le manoir rappelant (volontairement ou involontairement) le jeu vidéo resident evil alors que l'emploi d'un zombie grimé en momie renvoie aux vieux films de la Hammer.
Mais ces quelques passages sympathiques conciliant l'ancien et le nouveau ne font guère long feu face à la maladresse de l'½uvre dans son ensemble. Spectacle de genre agréable au demeurant (bien qu'éminemment classique), diary of the dead ne convint toutefois pas par rapport à son ambition documentaire. Une déception donc qui fait espérer que Romero se retournera vers la plus pure fiction pour son véritable cinquième opus des morts-vivants.


