diary of the dead

diary of the dead
Réalisation : George Romero
Scénario : George Romero
Avec Michelle Morgan, Shawn Roberts et Nick Alachiotis
Genre : horreur
Durée : 1H35

HISTOIRE : Des étudiants en cinéma tournent, dans une forêt, un film d'horreur à petit budget, lorsque la nouvelle tombe au journal télévisé : partout dans le pays, on signale des morts revenant à la vie. Témoins de massacres, de destructions et du chaos ambiant, ils choisissent alors de braquer leurs caméras sur les zombies et les horreurs bien réelles auxquels ils sont confrontés afin de laisser un témoignage de cette nuit où tout a changé.


Le problème avec l'émergence des nouvelles technologies, c'est que ça en laisse généralement un paquet sur le carreau. Ce soucis touche tout particulièrement les personnes qui ont déjà été rodé par l'ancien système. Ils ont leurs habitudes et leurs propres mécanismes qui sont bien difficile à remettre en cause lorsque ceux-ci sont qualifiés d'obsolète. La transition n'est jamais fondamentalement harmonieusement, on tâtonne vers des champs inédits et dans 99% des cas, on se plante. Dans de nombreux domaines, cela n'est pas si grave et fait partit de l'apprentissage. Malgré la nécessité d'appréhender vite de nouveaux outils, le droit à l'erreur est relativement permis. Ça n'est pas foncièrement le cas au cinéma où la seconde chance est bien rare. En cas de ratage pour appréhender de nouvelles perspectives, les chanceux pourront toujours revenir à ce qu'ils savent faire si l'ancien système n'a pas été bouffé par le nouveau. Si ça n'est pas le cas, c'est malheureusement le départ anticipé des plateaux comme se fut le cas pour de nombreux acteurs muets à l'émergence du cinéma parlant. Ce qui nous amène au cas de George Romero et son DIARY OF THE DEAD. Après Brian de Palma sur redacted, Romero est le second vieux routard qui a décidé cette année d'employer le style cinéma documentaire très en vogue actuellement. Mais si le résultat rejoint sur plusieurs points le vrai-faux remake d'outrages du père de Palma, il s'avère fichtrement plus mitigé en dévoilant un réalisateur qui a du mal à appréhender cette nouvelle vision de l'art.

Contrairement à ce qu'on pourrait penser donc, diary of the dead rejoint plus dans ses intentions narratives redacted que cloverfield. Si on retrouve par rapport à ce dernier l'idée de suivre une catastrophe (un monstre géant chez Matt Reeves, des morts-vivants chez Romero) filmé par une bande de quidam, la manière dont est structuré le film renvoie plus au film de Brian de Palma. Il n'est pas ici question de nous transmettre juste la vidéo tournée sur place et qui consisterait en un bout à bout d'images saisis sur le vif. diary of the dead s'accroche plus que jamais à sa définition de documentaire, tout comme le faisait redacted. Le film rassemble donc, outre la vidéo des personnages principaux, plusieurs autres sources d'informations. Néanmoins, là où de Palma utilisait ce système pour s'amuser avec la virtuosité qu'on lui connaît, Romero souhaite utiliser le montage de ses divers images à des fins plus réflexives sur leurs pouvoirs. C'est toutefois là que les soucis commencent puisqu'on peine à assimiler fondamentalement ce que doit être à la base le film. Dans sa présentation, la monteuse et petite amie du réalisateur confie avoir voulu rendre le film effrayant en jouant donc sur le montage (bien foutu dans l'ensemble) et en ajoutant aussi le musique (thèmes pour sursauter plus qu'éculés) dans le but de nous avertir. Nous sensibiliser sur quoi exactement ? On ne le sait pas foncièrement. La déshumanisation de notre société ? La folie engendré par la popularisation des médias ? Le chaos engendré par l'approche de la fin de notre civilisation ? Un peu tout ça si on en croit les multiples passages à intervalle constant où sur des images d'archives bien réels, notre monteuse tient des discours de piliers comptoirs à la Michael Moore.

Des moments aussi agaçants qu'inutiles puisqu'ils ne disent rien de plus que ce qui a été relaté dans les moments capturés par son petit copain. Ce qui en soit présente un certain problème puisque cela passe par des dialogues ultra explicatifs qui font assez tache dans une ambiance stressée de fin du monde. Certes, la saga des morts-vivants de Romero n'a jamais été connue pour la subtilité de ses dialogues mais Romero passe définitivement la barre de l'acceptable ici. C'est là que le film coince énormément. Plutôt que d'assumer une approche strictement réaliste, Romero se met à tâter entre une orientation fictionnelle et documentaire. Dans une forme privilégiant le second sur le premier, on se retrouve alors avec des éléments assez embarrassants puisque rigoureusement too much. Certains personnages charismatiques sont trop bigger than life (un irréductible amish sourd et muet, un prof alcoolo dégommant des zombies à l'arc) pour croire qu'ils sont authentiques et certains passages se jouent trop d'eux même pour croire qu'il se déroule dans la vraie vie. En ce sens, le pompon est détenu par cette séquence vers la fin où une demoiselle se fait poursuivre selon tous les clichés présentés dans la première scène du film. Une séquence très drôle en elle-même mais dont le registre comique outrancier fait tache dans une ½uvre à la volonté réaliste, là où la plus pure fiction n'aurait conservé que son état d'excellence. De cette hésitation des genres résulte une certaine artificialité et une difficultés à avaler certains passages trop peu crédibles pour fonctionner dans cette orientation. Certains moments sont trop orchestré, trop mécanique pour se montrer convaincant comme lorsque nos protagonistes passent à côté de zombies sans les voir (notamment dans la dernière attaque de l'hôpital). Il y a néanmoins bien quelques bonnes idées qui ressortent de l'approche comme l'utilisation des caméra de surveillance dans le manoir rappelant (volontairement ou involontairement) le jeu vidéo resident evil alors que l'emploi d'un zombie grimé en momie renvoie aux vieux films de la Hammer.

Mais ces quelques passages sympathiques conciliant l'ancien et le nouveau ne font guère long feu face à la maladresse de l'½uvre dans son ensemble. Spectacle de genre agréable au demeurant (bien qu'éminemment classique), diary of the dead ne convint toutefois pas par rapport à son ambition documentaire. Une déception donc qui fait espérer que Romero se retournera vers la plus pure fiction pour son véritable cinquième opus des morts-vivants.

# Posté le samedi 28 juin 2008 03:58

le monde de Narnia : le prince Caspian

le monde de Narnia : le prince Caspian
Réalisation : Andrew Adamson
Scénario : Steve McFeeley, Christopher Markus et Andrew Adamson
Avec Georgie Henley, Skandar Keynes et Anna Popplewell
Genre : heroic fantasy
Durée : 2H23

HISTOIRE : Un an après les incroyables événements du premier opus, les nouveaux rois et reines de Narnia sont de retour dans ce royaume magique. Mais à Narnia, plus de 1000 années se sont écoulées. L'Age d'Or du royaume est depuis longtemps révolu, et ce n'est plus maintenant qu'une légende. Les animaux parlants et les créatures mythiques ont disparu, ils ne sont plus évoqués que comme les héros d'un folklore que l'on perpétue chez les Telmarins, une race d'humains dirigée par le maléfique roi Miraz, qui règne sans pitié sur Narnia. Même si l'on se souvient encore du nom d'Aslan dans la forêt, le puissant lion n'est pas revenu depuis un millier d'années. Les quatre enfants ont été rappelés à Narnia par le Prince Caspian, le jeune héritier du trône des Telmarins. Sa vie est en danger : son oncle Miraz cherche à l'éliminer afin que son propre fils nouveau-né puisse monter sur le trône à sa place. Avec l'aide du gentil Nain rouge, d'une courageuse souris parlante nommée Ripitchip, et du Nain noir aigri et revêche Nikabrik, les Narniens, menés par les puissants rois Peter et Caspian, s'engagent dans une formidable quête à la recherche d'Aslan, afin de sauver Narnia de la tyrannie de Miraz et de rendre sa gloire et sa magie au royaume....


Généralement, dans une franchise, le second volet est meilleur que le premier. Certes, il existe quantité de contre-exemple dicté par des besoins mercantiles honteux. Mais une suite reste très souvent meilleur que l'opus initial si elle est un minimum. Il faut dire que les franchises sont des généralement des productions très coûteuses. Difficile pour les financiers de lâcher autant d'argent facilement sans avoir une certitude sur le retour de l'investissement. Du coup, un opus initial doit souvent se montrer sage par rapport à son potentiel qu'on devine excitant. Il faut surprendre le spectateur avec ce dernier mais surtout pas le désappointer ou le brusquer sous peine de le faire fuir. Au-delà de la présentation de l'univers et de ses règles, l'épisode introductif doit réussir à familiariser le spectateur, à l'attirer. Cela se fait souvent par des choix artistiques classiques et sages, des conventions qui ont fait leurs preuves et auquel le spectateur est habitué. La donne change complètement avec le second opus. Le public ayant répondu présent au lancement de la franchise, les auteurs peuvent expérimenter de nouveaux concepts plus originaux et plus audacieux qu'auparavant. Une certaine liberté étreint la suite qui peut tenter des approches inédites sans craindre de faire fuir le spectateur, celui-ci ayant acquis la franchise comme un label de qualité. C'est ainsi que ce second chapitre des chroniques du MONDE DE NARNIA se permet de prendre une direction autrement plus ambitieuse. Encore faut-il cependant que le film arrive à se montrer à la mesure de celle-ci...

Pourtant, l'ouverture laisse entrevoir la portée au combien plus profonde de cette suite. Alors que sa femme accouche, un général ordonne l'assassinat du prince (également son neveu) en vu d'accéder au trône. Des premières minutes au moins tout aussi surprenante que celle du premier opus avec son bombardement mais qui montre surtout ce que sera ce second opus. le prince Caspian sera en effet une fresque plus guerrière et adulte que son prédécesseur qui versait beaucoup plus dans la féerie. Si le bestiaire imaginatif est toujours là (et soutenu par des effets spéciaux de qualité), le ton est bien moins à la légèreté. Le premier film relatait la bataille entre un lion parlant et une sorcière de glace maléfique. Le second film écarte cet approche très conte de fée (les deux antagonistes cités ne font que des apparitions très furtives) pour s'orienter vers une inspiration plus Shakespearienne. Inutile de dire qu'en resituant ses enjeux autour de conflits familiaux (conspiration pour accéder au pouvoir) et politique (rapport houleux entre les tribus), ce deuxième épisode refuse un état d'esprit cucul la praline. Le résultat s'affirme par la mise en avant d'un royaume jusqu'alors jamais présenté (le peuple des Telmarins) exclusivement composé d'humains et surtout d'adultes. Complètement absent du premier épisode, ceux-ci ont une place prépondérante dans le récit pour incarner une idée de monde rejetant la féerie. Ce qui amène d'ailleurs à l'évolution des personnages principaux devenus désormais des adultes dans des corps d'enfant et ayant des difficultés d'assumer ce statut.

Malheureusement, toutes ses bonnes intentions n'arrivent pas à rendre le film extraordinaire. Cette suite ne fait que se hisser au niveau du premier opus (autrement dit un spectacle agréable mais sans plus) car n'arrivant pas à rendre justice à ses ambitions. Il est terriblement intéressant de construire des personnages plus tourmentés, aux questionnements bien moins simplistes qu'auparavant mais encore faudrait-il prendre le temps de bien poser tout cela. Or ça n'est pas le cas et le scénario ne fait au mieux qu'esquisser ses rapports humains. Le cas le plus emblématique reste ce lieutenant agissant sous les ordres du méchants dont on peine à assimiler le comportement, tant ses agissements sont brouillons et ne répondent à aucune logique solide. De la même manière, on reprochera au réalisateur Andrew Adamson de ne pas donner un souffle nouveau à sa mise en scène. Conservant la certaine élégance du premier film, il ne dégage pas une ampleur épique digne de la nouvelle tenue de route de l'intrigue. Pire, il se montre parfois terriblement mou du genou (les duels à l'épée n'ont souvent aucune énergie) et voir dans le pire des cas téléfilmesque (penser à virer le mec charger d'incruster les credits lors du générique). Une impression renforcée par des décors sentant plus que jamais le polystyrène fade et dépouillé (tout particulièrement les scènes moyenâgeuses). Heureusement qu'Adamson se rattrape dans une bataille finale elle bel et bien monstrueuse. Entre un combat à l'épée brutal et des stratégies de combat spectaculaire, ce long morceau d'anthologie ravale la déception éprouvé lors de celle du premier opus. Dopé par le score toujours admirable d'Harry Gregson-Williams, cette longue séquence guerrière s'avère ce qui a été fait de mieux dans le genre depuis le seigneur des anneaux (Adamson a bien réviser son Peter Jackson pour comprendre l'importance des plans aériens dans la lisibilité des tactiques déployés).

Pour cela et les qualités de l'approche entreprise, ce nouveau monde de Narnia reste un spectacle honorable pour la période estivale. Ça aurait peut être mieux quand même... Cela dit ça aurait pu être pire.

# Posté le dimanche 22 juin 2008 08:52

body bags

body bags
Réalisateur : John Carpenter et Tobe Hooper
Scénario : Billy Brown et Dan Angel
Avec John Carpenter, Robert Carradine et Mark Hamill
Genre : horreur
Durée : 1H30

HISTOIRE : un médecin légiste au sens de l'humour morbide, bien installé dans sa morgue où il a élu domicile, nous présente des cadavres. On comprend alors que les morts ne sont pas toutes naturelles. Pourtant, qui aurait pu imaginer qu'une station service, des cheveux et un ½il puissent être la cause de cauchemars ?

Pour certains, le cinéma est une grande famille. Une jolie formule qui cherche à dire que toutes personnes officiant dans l'exercice de ce noble art sont liées. Mais volontairement ou involontairement, elle sous-entend également une insidieuse pensée dans son fonctionnement. Certes on aime tous dans notre famille mais cela dit, il y a toujours des branches avec lesquelles on a peu d'affinité et qu'on oublie consciencieusement d'inviter aux repas familiaux. Sous ses dehors de propos cherchant à créer un ensemble, la célèbre formule fait preuve d'une certaine mauvaise foi. On préférera alors considérer le cinéma comme une bande de potes, un groupe d'amis qui partagent des goûts similaires qui peuvent à l'occasion se trouver des correspondances avec un autre mais qui restent avant tout souder entre eux. Le cinéma d'horreur étant plus que jamais l'archétype de ce raisonnement (le gore est toujours fun à tourner), c'est sans grande surprise qu'on retrouve en BODY BAGS un bien bel représentant. Film à sketch monté par le maître John Carpenter, le casting de body bags se permet en effet de convoquer plusieurs figures du cinéma de genre venu cachetonner dans le simple but de se fendre la poire : le maquilleur Greg Nicotero, le producteur Roger Corman, les réalisateurs Wes Craven et Sam Raimi... Sans oublier Carpenter himself, véritable monsieur loyal aussi odieux qu'hilarant de ces contes de la crypte perso.

Mais si Carpenter s'amuse comme un fou devant la caméra pour assurer le lien entre les segments, il se charge également de la réalisation des 2/3 du long métrage. On le retrouve donc au commande de the gas station qui est pourtant une ½uvre on ne peut plus traditionnel. Difficile en effet de faire plus simpliste comme histoire : une demoiselle (la craquante Alex Datcher) occupe un poste de nuit dans une station service alors qu'un tueur sévit dans la région. Rien d'emballant en soit surtout que l'ouverture du sketch laisse craindre un Carpenter pantouflard traitant de manière purement théâtral son sujet ,même si le décor de la station service s'y prête néanmoins. On est néanmoins bien loin de l'énergie du prologue avec son thème rock tout droit sortit de in the mouth of madness. Mais il ne s'agit là que de la mise en bouche. Plus le script se dévoile, plus Carpenter montre son mordant. Avant d'embrayer sur un final slasher efficace mais convenu, le bonhomme se permet de construire un suspense solide. Croisant quelques protagonistes calibrés mais attrayants au gré de sa nuit de travail, l'héroïne doit faire face une série de petits détails bizarres créant une certaine appréhension relevé par un décor nocturne inquiétant. Le pitch se retrouve brillamment transcendé également par une réalisation où Carpenter signe ses indémodables travellings et renforce son spectacle en jouant intelligemment sur les focales. Habile et malin, the gas station est une entrée en matière on ne peut plus réussi.

On change radicalement de registre avec hair qui a le mérite d'offrir une histoire plus original que the gas station. Voyant la calvitie le gagner, un quidam fait appel à une nouvelle société où les scientifiques ont mis au point un système permettant de faire repousser les cheveux. Tout va bien jusqu'à ce que notre quidam se rend compte qu'il y a quelque chose qui cloche avec sa nouvelle toison. Un pitch assez ahurissant il faut le reconnaître. Très casse gueule mais qui s'en sort admirablement avec une causticité hilarant qu'on aurait plus vu venir d'un John Landis que de la part de Carpenter. En terme de mise en scène, ce dernier se montre d'ailleurs très discret puisque sachant que c'est définitivement le scénario qui concentre tout l'intérêt de ce segment. Le bonhomme ne se prive toutefois pas à mettre les mains dans le cambouis et à traiter sans détour les séquences écrites comme lors de cet ahurissant passage où le héros voit défiler au ralentie de beaux jeunes gens aux cheveux longs qui semblent le narguer. Le sketch se targue d'ailleurs d'une critique de notre société fondée sur l'importance de la beauté et notre incapacité à assumer nos défauts qui a le mérite de la pertinence. La seule ombre au tableau vient d'une scène finale qui de toutes les possibilités inimaginables préfère choisir la plus rocambolesque.

Pour l'ultime segment, Carpenter cède la place à Tobe Hooper. Et il faut dire que le résultat s'en ressent puisque eye est loin de reproduire l'éclat de the gas station. Les deux sketches présentaient pourtant à la base des pitchs tout aussi simpliste. Dans eye, un joueur de baseball se fait greffer l'½il d'un psychopathe après un accident et se met à voir des choses bizarres. Rien de bien folichon à part pour s'interroger sur la créativité des frères Pang. Le problème est qu'Hooper est loin de réussir à transcender son sujet comme Carpenter. Le segment traîne méchamment en longueur et peine à rendre captivant ses personnages. C'est d'autant plus problématique que l'histoire repose est grande partie sur ces derniers. Caricaturaux et brouillons, ils ne se montrent guère passionnants. Difficile alors de s'intéresser au récit du trouble de notre héros et de l'autodestruction de son couple. De la même manière, Hooper n'offre qu'un emballage pantouflard dont les visions horrifiques sont parfois alléchantes (l'insertion de l'½il dans l'orbite, la vue subjective d'un bébé) et d'autres fois grotesque (un cadavre surgissant du jardin, un coït virant à la nécrologie). Sans compter que les flash et la grosse musique, ça va bien 5 minutes... Le tout se laisse heureusement suivre et suscite même de la curiosité dans la vision de son Mark Hamill moustachu jouant les dingos.

Bandes de potes à ne pas prendre trop au sérieux (le logo où Carpenter s'amuse à brandir une tronçonneuse est là comme un avertissement), body bags est charmant film emballé sans prétention mais avec savoir-faire. Pour une fois qu'une private-joke évite d'être hermétique.
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# Posté le samedi 21 juin 2008 03:58

speed racer

speed racer
Réalisation : Andy et Lana Wachowski
Scénario : Andy et Lana Wachowski
Avec Emile Hirsch, Christina Ricci et John Goodman
Genre : action
Durée : 2H15

HISTOIRE : Speed Racer est un as du volant, un fonceur instinctif et intrépide qui enchaîne les victoires. Né pour ce sport à haut risque, il n'y a connu qu'un seul rival : son propre frère, le légendaire Rex Racer, fauché en pleine gloire et dont il est aujourd'hui l'héritier. Loyal à la firme de son père, Pops Racer, concepteur de sa puissante Mach 5, Speed a rejeté une alléchante proposition des Royalton Industries. Après s'être attiré par ce refus la haine du fanatique Royalton, Speed découvre que certaines des plus grandes courses américaines sont truquées par une poigné d'hommes d'affaires, manipulant les meilleurs pilotes pour booster leurs profits. Et puisque Speed refuse de courir sous ses couleurs, Royalton veillera à ce que la Mach 5 ne remporte plus une seule course... Pour sauver l'entreprise familiale et sa carrière, Speed n'a d'autre issue que de battre Royalton à son propre jeu. Soutenu par sa famille et sa fidèle compagne Trixie, le pilote s'associe à un ancien rival, le mystérieux Racer X, pour remporter la course mythique qui coûta la vie à son frère : le terrifiant rallye "Crucible"...

On sait tous à quoi s'en tenir en ce qui concerne les formules toutes faites. Entre les “films à la” et autres “le machin du genre”, on en soupe à longueur de journée de ces accroches aussi pompeuses que racoleuses. Dans notre cas présent, on citera celle-ci : “les frères Wachowski sont les George Lucas des années 2000”. Une joli petite formule pour surfer sur le succès de matrix qui engendra un engouement et une mode assez similaire à star wars en son temps. La comparaison pas forcément opposable au premier abord s'est néanmoins grandement confirmé par la suite de la carrière des frangins (enfin maintenant c'est frère et s½ur). Après leur brillant patchwork, les quelques opus délivrés par les Wachowski n'ont été que des déceptions : deux suites qui ressemblent à une parodie du film d'origine, un V pour vendetta aussi impersonnel que manichéen et surtout l'affaire invasion qui craint franchement de la part des scénaristes de assassins.

Alors que bound et matrix les consacrait comme des artisans soigneux et passionnés, le succès semble les avoir muté en détestable costards-cravates exécutant sottement leur travail sans se poser de questions. Un coup bas qui rappelle le père Lucas, passé du coté obscur de la force en pensant au cinéma par rapport au marketing alors qu'il se prédestinait aux bandes expérimentales. Toutefois, au lieu de se lamenter sur son sort comme le géniteur de THX 1138 (ferait mieux de plancher sur ses projets prétendument personnels), les Wachowski décident de prendre le taureau par les cornes. Il ne s'agit pas tant là de remettre en question leur nouveau statut (quoique l'avenir nous dira peut-être le contraire) mais de l'assumer pour ce qu'il ait. C'est l'impression qui ressort de ce SPEED RACER, adaptation d'une série populaire nippone. Oui, les Wachowski sont devenu des fonctionnaires bêtes et méchants, des techniciens compétent mais des auteurs sans grande teneur. Mais en acceptant de se laisser couler dans le marbre du divertissement de masse, les bonhommes retrouvent un peu notre estime.

Car il ne s'agit que de ça dans speed racer. D'exciter le spectateur, de l'amuser, de lui faire passer un bon moment... le grand spectacle dans sa forme la plus brut. Du coup, alors que la majorité reprochait à matrix reloaded et revolutions un message philosophique contestataire aussi fade qu'incompréhensible par rapport aux interrogations existentielles et cool du premier opus, celui de speed racer se laisse digérer à merveille dans son emballage de divertissement décomplexé et sans prétention. Pourtant, il s'agit approximativement des mêmes propos sur la menace des institutions quel qu'elles soient calqué sur un univers à la rollerball et sur l'importance de nos choix individuels. En ne souhaitant pas en faire étalage comme ce fut le cas sur les deux opus matrixiens (on n'a toujours pas digéré le verbiage de l'architecte), speed racer se dénoue habilement de toutes prétentions pour offrir un divertissement dans la plus grande tradition hollywoodienne. Ce qui est d'ailleurs confirmé par la mise en avant des vertus essentielles d'un certain cinéma américain en mettant en avant l'importance de l'honneur, du respect et de l'intégrité familiale. Indigeste diront certains mais sans atteindre la noblesse de l'art (n'est pas Spielberg qui veut), les Wachowski n'en manque pas moins de toucher parfois les sentiments (cet ouverture où le héros poursuit l'hologramme de son frère décédé ou ce refus des retrouvailles heureuses).

Alors speed racer ait-il un film sans ambition ? Non et on peut même dire qu'il est culotté dans son genre. Car si les Wachowski se sont curieusement dirigés vers cette adaptation d'une série animé enfantine, ils n'ont pas choisit une approche à la transformers. Plutôt que de faire du formatage par rapport au matériau d'origine, les Wachowski brandisse leurs fidélités au matériau d'origine. Cette volonté de légèreté très candide risque d'ailleurs de coûter cher au film comme le montre la courbe de fréquentation aux Etats-Unis qui chuta de 65% à la troisième semaine d'exploitation. Déjà qualifier de suicide commercial, speed racer n'en manque pas moins de charmer dans son approche. La simplicité de l'intrigue est en parfaite corrélation avec la manière humble dont les thèmes sont abordés, même si le longueur de l'½uvre est excessive. Les enjeux sont basiques, les personnages sont caractérisés simplement et on n'est guère surpris par les rebondissements de l'intrigue à commencer par la révélation autour d'un personnage. Installé vous confortablement et profiter d'un spectacle à l'humour bon enfant n'hésitant pas à réemployer des effets de mise en scène obsolètes aussi inattendue qu'attachant pour leur nostalgie.

Ce souci de coller au plus près de la série n'empêche pas les Wachowski de viser bien plus haut en ce qui concerne les séquences de courses, principal atout du film. Si on rigolait doucement en écoutant le producteur Joel Silver (maître ès esbroufe) déclaré que les poursuites automobiles seront du jamais vu, il faut avouer que celles-ci filent sacrément les chocottes. Sur des pistes au tracé digne du jeu vidéo wipeout, les scènes de courses se font monstrueuse par leurs extravagances et leurs sens constant du spectaculaire. Les effets spéciaux se font renversant même si on pointera des soucis au niveau des incrustations et les couleurs pétantes immerge plus que jamais dans ces grands moments numériques. Dommage par contre que le directeur de la photographie Bill Pope n'arrive pas à assurer un rendu aussi saturer pour les passages en décors réels malgré la conception bariolée de ces derniers). De plus, le montage est loin d'assurer une lisibilité maximal des hallucinantes chorégraphies comme lors du final où le film s'étiole entre le parcours du héros et l'excitation de l'audience. Un peu regrettable même si l'excitation du public elle ne redescend.

Mené par l'alléchant BO 60's de Michael Giacchino, le film pour enfants des Wachowski s'avère une heureuse surprise. Tel les héros de leurs films, ils ont décidé de choisir qui ils sont et vivre comme il le souhaite. speed racer est l'emblème de cette nouvelle voie qu'il emprunte dans le pays du divertissement. On peut prier pour qu'il revienne un jour vers des sentiers plus intimistes et profond mais on peut aussi se satisfaire de les voir poursuivre sur ce chemin.

# Posté le dimanche 15 juin 2008 08:54

phénomènes

phénomènes
Réalisation : M. Night Shyamalan
Scénario : M. Night Shyamalan
Avec Mark Wahlberg, Zooey Deschanel et Spencer Breslin
Genre : catastrophe
Durée : 1H30

HISTOIRE : Surgi de nulle part, le phénomène frappe sans discernement. Il n'y a aucun signe avant-coureur. En quelques minutes, des dizaines, des centaines de gens meurent dans des circonstances étranges, terrifiantes, totalement incompréhensibles. Qu'est-ce qui provoque ce bouleversement radical et soudain du comportement humain ? Est-ce une nouvelle forme d'attaque terroriste, une expérience qui a mal tourné, une arme toxique diabolique, un virus qui a échappé à tout contrôle ? Et comment cette menace se propage-t-elle ? Par l'air, par l'eau, ou autrement ? Pour Elliot Moore, professeur de sciences dans un lycée de Philadelphie, ce qui compte est d'abord d'échapper à ce phénomène aussi mystérieux que mortel. Avec sa femme, Alma, ils fuient en compagnie d'un ami, professeur de mathématiques, et de sa fille de huit ans. Très vite, il devient évident que personne n'est plus en sécurité nulle part. Il n'y a aucun moyen d'échapper à ce tueur invisible et implacable. Pour avoir une mince chance de survivre, Elliot et les siens doivent à tout prix comprendre la véritable nature du phénomène, et découvrir ce qui a déchaîné cette force qui menace l'avenir même de l'espèce humaine...


On a un peu trop tendance à admettre une vérité lorsqu'on n'arrête pas de nous la répéter. On a beau croire qu'on détient la vérité puisque celle-ci se base sur des faits concrets et authentique, il suffit que tout le monde maintienne une autre version de la vérité pour se convaincre que nous avions tort alors que nous étions dans le vrai. Il s'agit là d'un procédé simple reposant sur une simple question : comment une telle masse de gens pourrait se tromper à ce point ? Il ne faudrait bien sûr pas mésestimé l'incroyable stupidité humaine qui passe souvent par un procédé de soumissions de vérité et de contre-vérité. Cette situation donne lieue à des choses cocasses comme cette manière de qualifier des films gavés d'hémoglobine digne de massacre à la tronçonneuse alors que le film de Tobe Hooper est dénué de gore. Mais cela donne aussi des cas nettement plus pathétique comme celui de M. Night Shyamalan. A la sortie de sixième sens, le bonhomme atteint la congratulations à 29 ans. Son nom devient immédiatement accrocheur et personne ne se prive pour le qualifier de génie après ce jackpot au box-office. En soit, c'est la routine hollywoodienne. Généralement, le type à qui on répète qu'il est génie finit par le croire, pense que sa seule présence derrière la caméra assure la qualité du film et son succès au box-office, se plante misérablement et repart (parfois) de zéro.

C'est en gros ce par quoi est passé Shyamalan jusqu'à la jeune fille de l'eau, son dernier opus ayant autant été décrié par les critiques que les spectateurs. Structuré comme une réponse à tout les reproches qu'on lui fait, la jeune fille de l'eau (en dépit de ses qualités) posait le caractère on ne peut plus prétentieux. Car ce qui différencie Shyamalan de nombreux cinéastes ayant suivi le même parcours, c'est qu'il est doté d'une prétention naturelle monstrueuse. Dès son second long métrage, il affirmait avec certitude que son prochain film se fera avec Bruce Willis et sera un carton mondial. Ajouté plein de bénits-oui-oui autour d'un tel ego et vous étonnez pas que le bonhomme chope le melon. Alors évidemment, dès qu'on redire la clique des bénits-oui-oui, le bonhomme se retrouve en plein disfonctionnement et ne sait plus trop où aller. La carrière cinématographique de Shyamalan en est là, à cette rupture. Alors que les studios ont jusqu'alors été toujours derrière le bonhomme, ils ont tous fermé leurs portes au nouveau projet du réalisateur d'incassable après la veste au box-office de sa bed time story. Seule la 20th century fox finit par s'intéresser à son script et encore en exigeant des réécritures. De quoi remettre à sa place le bonhomme peut-on penser. Alors PHENOMENES est-il le film de la rédemption tant attendu ? Pas vraiment tant on se demande si Shyamalan a bien entendu les reproches fait à la tournure que prenait son cinéma.

Disons plutôt qu'il n'a du bien écouter car Shyamalan remet néanmoins quelques petites choses à sa place. Le bonhomme vire toute volonté d'analyse auto-congratulante de son ½uvre et ne s'offre plus des caméos exagérément important (son apparition est invisible à moins de lire le générique de fin). Shyamalan revient purement à la base de son cinéma, autrement dit le traitement d'une série B comme une série A. On pouvait donc se faire une joie de le voir traiter le film catastrophe à tendance paranoïaque auquel il injecte quantité de référence post-11 septembre (les corps se jetant des toits, les bruits lointains d'arme à feu annonçant un décès, les adieux d'une condamnée par téléphone). Le bonhomme souhaite même remettre en cause sa stratégie habituel qui consiste à suivre un groupe bien particulier d'individus à travers un certain évènement comme se fut le cas de l'invasion extraterrestre dans signs. Malheureusement, ce genre de nouvel politique marque le problème de la nouvelle ½uvre de Shyamalan. Car après lui avoir retiré son titre de génie brusquement, le bonhomme apparaît comme une machine défectueuse qui ne comprend plus trop comment apprivoiser son sujet pour retrouver l'estime du public et des studios. En ouvrant sa narration à une multitude de lieues géographiques (jusqu'à un épilogue plombant), Shyamalan semble vouloir masquer son incapacité à pouvoir approcher comme avant le genre.

La preuve en est que la galerie de personnages est une complète catastrophe. Les personnages étaient jusqu'à présent la force vive de son cinéma puisque c'est à travers leurs yeux, leurs sentiments et leurs états d'âme qu'on suivait l'exploration si particulière de Shyamalan dans le genre. Difficile dans ce happening de s'attacher à ces protagonistes creux, sans grand intérêt. Shyamalan a beau trouver toujours des idées émotionnellement forte (cette discussion à travers un tuyau entre le couple séparé), il n'arrive plus à faire vivre ses personnages. Ces derniers pédalent dans le vide, s'encombrent de dialogues bâclés et n'apparaissent plus que comme des pantins au sein des classiques codes du genre. Dommage puisque le film catastrophe en lui-même fonctionne plutôt bien. Certes nombreuses sont les personnes a pointé les similarités du script avec diverses ½uvres littéraires que ce soit le cellulaire de Stephen King ou encore colère de Denis Marquet. Mais en l'état, phénomènes se montre un film catastrophe plutôt prenant comptant de nombreuses séquences chocs. On reprochera néanmoins à Shyamalan de ne pas avoir su exploiter au maximum son concept d'une menace naturelle omniprésente en préférant opté pour la facilité d'une menace progressive n'arrivant pas à pointer le caractère dérangeant de la menace. De la même manière, sa critique écologique s'avère bien flemmarde entre plan sur des centrales nucléaires et interview final expliquant que la nature n'est pas contente. Shyamalan nous fait le coup de tout souligner au stabylo et c'est assez épuisant.

C'est la grosse artillerie que Shyamalan nous sort également visuellement. C'est néanmoins loin d'être aussi catastrophique que ce que les rumeurs racontait et surtout cette bande annonce putassière compilant les séquences glauques qui annonçait un truc digne de l'affrontement final avec le monstre dans le village étalé sur 1H30. Toutefois, la déception reste bel et bien là puisque confirmant les craintes qui apparaissait dans la jeune fille de l'eau en ce qui concerne le relâchement de Shyamalan dans la mise en scène. Sa science du cadrage et de la composition de plan semble s'être définitivement émoussés pour donner lieu à un rendu finalement digne d'un téléfilm. Certes, on piochera toujours quelques plans excellents ici et là (notamment ce plan sur un triple suicide avec la même arme) mais ils se font bien rares quand il ne tombe pas dans la redite (on nous ressort le même plan que pour l'intrusion des aliens dans la maison de signs). Avant, on cherchait quels plans pouvait être foiré dans les films de Shyamalan. Aujourd'hui, on aurait tendance à rechercher quel plans sont réussis. Triste constat surtout que Shyamalan se montre incapable de diriger correctement son équipe comme avec la photographie terne et sans saveur de Tak Fujimoto ou surtout le casting plus mauvais les uns que les autres si on excepte Mark Wahlberg qui écope d'ailleurs des meilleures répliques du film. Seul James Newton Howard s'en tire toujours avec les bonheurs en signant une partition magnifique aux mélodies délicieusement inquiétante.

La mécanique est bien là avec toutes les références en bonne et du forme (le Spielberg de la guerre des mondes, le Hitchcock de les oiseaux) mais l'ingénieur en chef a pris un coup sur la tête et ne sait plus comment elle fonctionne. Du coup, il tâtonne, il tire parfois la bonne manette, il oublie de mettre en marche certaines parties du système... L'ensemble est cafouilleux et hésitant malgré sa belle matière première. Espérons que pour son prochain projet, l'ingénieur en chef arrive à remettre ses idées en place.

# Posté le samedi 14 juin 2008 11:21