Scénario : Masao Maruyama, Rintaro, Yoshiaki Kawajiri et Katsuhiro Otomo
Avec les voix de Yû Mizushima, Hiroshi Ôtake et Kazumi Tanaka
Genre : fourre-tout
Durée : 50 minutes
HISTOIRE : Trois réalisateurs, trois histoires distinctes, trois mondes complètement différentes : Labyrinthe où une jeune fille et son chat découvrent un monde clownesque ; Le Coureur est une histoire de courses automobiles ; Arrêtez le travail dans lequel un ingénieur doit faire face à la grève de robots.
Une révolution ça ne se fait pas du jour au lendemain. L'apocalypse est toujours précédée de signes avant-coureurs et les grands bouleversements ne sont pas la simple résultante d'un évènement précis. Si on peut noter un point de rupture entre l'avant et l'après, celui-ci est plus l'indication d'un point de saturation où la somme de multiples enclenchements est tellement importante qu'on ne peut plus en faire impunément abstraction. C'est ainsi que l'animation japonaise provoqua un véritable engouement de par le monde avec la sortie de la bombe Akira en 1988. Il faudra certes attendre plus d'une décennie avec le voyage de Chihiro en 2001 pour que la masse accepte définitivement ce mouvement artistique mais cette adaptation du manga de Katsuhiro Otomo remit complètement en question les cinéphiles par son ambition et son intelligence. Est-ce pour autant une ½uvre sortit de nulle part ? Absolument pas puisque cela fait des années que les animateurs japonais se livre à des projets audacieux et mature. Il n'y a qu'à citer Nausicaä de Hayao “dieu le père tout puissant” Miyazaki qui livra quatre ans plus tôt ce magique chef d'½uvre d'envergure.
Malheureusement, comme beaucoup avant Akira, le succès du film resta local puisque la vente internationale sera une véritable calamité avec l'exploitation d'un montage charcuté (trouvable en dvd dans certaines grandes surfaces sous le nom la princesse des étoiles). On ne compte pas les sorties sacrifiées et les ½uvres rendu injustement invisible avant que certains chefs d'½uvre remettent tout le monde à sa place. C'est un peu le cas des travaux de Otomo antérieure à Akira qui sont depuis longtemps invisible. Une lacune qui heureuse a été corrigé dernièrement. Après la sortie de robot carnival l'année dernière, l'éditeur Dybex ressort du placard le fabuleux MANIE MANIE, autre film à sketch de renom annonçant clairement la peinture quant aux aventures de Keneda et Tetsuo débarquant tout juste deux ans plus tard. Une exploitation tardive alors que le support dvd arrive au crépuscule de sa vie mais qui ne doit en rien gâcher notre enthousiasme malgré une sortie sans tambour, ni trompette. C'est d'ailleurs d'autant plus dommage que, malgré une durée réduite de 45 minutes, manie manie est bel et bien une ½uvre majeure.
C'est à Rintaro, le réalisateur de metropolis et harmagedon (sortie en dvd couplé avec manie manie), que revient l'honneur d'ouvrir et de clôturer le bal. Un honneur mais également une exigence pour offrir aux spectateurs une entrée en matière digne de ce nom. Et on peut dire qu'il réussit admirablement bien son coup avec labyrinthe. Pourtant, dieu sait qu'il est bigrement difficile d'en parler concrètement. On pourrait dire que derrière ce titre passe-partout se cache une énième variation d'Alice aux pays merveilles, ce qui en résumé apparaît le plus plausible (plongée dans un miroir et guide énigmatique à l'appui). Mais cela apparaît trop limitatif par rapport à une ouverture laissant entendre des enjeux plus complexes. De toute façon, compréhensible ou pas, labyrinthe est un trip court (tout juste une dizaine de minutes) mais qui marque durablement les esprits (ce qui n'est pas rien avec une fenêtre d'exploitation si réduite). Naviguant entre David Lynch et Stanley Kubrick, ce premier sketch s'apparente à un véritable festival d'images hallucinatoires et hallucinantes. Porté par une ambiance sonore immersive et des mélodies fabuleuses, labyrinthe se caractérise par des images graphiques de toute beauté sachant que l'intérêt d'un univers à la Lewis Carroll repose autant sur un esthétisme de féerie que sur une ambiance macabre. La haute qualité de l'animation nous laisse un peu plus immerger dans cet univers à la stylisation prononcé enchantant. En une poignée de minutes, Rintaro livre un récit plus inventif et merveilleux que beaucoup de film sur plus de deux heures.
Difficile pour Yoshiaki Kawajiri, le réalisateur des jouissifs ninja scroll et vampire hunter D, de reprendre le flambeau. Force est d'admettre que le bonhomme n'y arrive pas et livre le segment le moins intéressant des trois. le coureur est sûrement la partie qui se repose le plus sur un certain classicisme que ce soit dans l'utilisation de l'animation (bien plus conventionnel que sur labyrinthe) et de l'histoire (l'ultime course d'un sportif dans une discipline entre rollerball et speed racer). Le script souffre énormément de sa faible durée, contrairement à Rintaro et Otomo qui arrive parfaitement à s'accorder avec. En reposant moins des ficelles évasives comme labyrinthe, le coureur frustre par ses enjeux brouillons avec la caractérisation sommaire de son personnage principal (obsédé par la victoire, ambigu dans son rapport à la mort, télépathe...). Le fait de ne pas trop saisir les tenants et aboutissants chez Rintaro n'avait guère d'importance puisque le concept de ce dernier se fondait sur une débauche visuelle. Cela est plus handicapant et frustrant ici puisque Kawajiri cherche à relater une histoire concrète. Reste néanmoins quant dépit d'artifice agaçant (une voix off sans grande teneur), le sketch se laisse suivre. Dopé des graphismes virils de Kawajiri, le coureur se montre assez spectaculaire dans sa conception (notamment lors d'une impressionnante série de mise à mort) pour retenir l'attention.
Il ne reste donc plus à Katsuhiro Otomo de boucler le travail même si il intitulera son segment ironiquement stopper le travail. En vingt minutes, Otomo livre un fourre-tout plutôt bien organisé des thématiques et des pistes narratives qu'il souhaiterait au gré de sa carrière (et qu'il fera). C'est donc avec une certaine absurdité (se retrouvant dans le sketch la bombe puante dans memories) qu'il nous relate la mésaventure d'un pauvre fonctionnaire chargé d'empêcher les robots de poursuivre la construction d'un bâtiment dans une zone inexploitable. Si on regrettera qu'Otomo mettent un peu de côté le rapport entre une industrialisation inéluctable et la force de la nature, on ne peut que se rassasier de l'esprit comique dont il fait preuve pour dépeindre l'enfer robotique. Tel un Isaac Asimov, Otomo s'interroge sur les dangers d'une programmation robotiques sommaires et des contradictions désastreuses que celles-ci font naître. Une thématique qui se traduit visuellement par d'incroyables séquences de destruction massive où quantité de mécanique fantaisiste vont au casse pipe comme si de rien n'était. Le spectacle recèle donc un certain fun sans pour autant sacrifier un fond pertinent.
Extrait de tout ce qui fait la réussite du cinéma d'animation japonais, manie manie est un phénoménal bijou du genre. On s'enivre les sens avec Rintaro, on titille l'adrénaline avec Kawajiri et on réfléchit en s'amusant avec Otomo. Il s'agit définitivement là d'un indispensable.


