iron man

iron man
Réalisation : Jon Favreau
Scénario : Arthur Marcum, Matt Holloway, Mark Fergus et Hawk Ostby
Avec Robert Downey Jr., Terrence Howard et Gwyneth Paltrow
Genre : action
Durée : 2H05

HISTOIRE : Tony Stark, inventeur de génie, vendeur d'armes et playboy milliardaire, est kidnappé en Aghanistan. Forcé par ses ravisseurs de fabriquer une arme redoutable, il construit en secret une armure high-tech révolutionnaire qu'il utilise pour s'échapper. Comprenant la puissance de cette armure, il décide de l'améliorer et de l'utiliser pour faire régner la justice et protéger les innocents.


Lorsque le vin est tiré, autant le boire jusqu'au bout. Ainsi pourrait être résumé la politique du studio Marvel qui cherche apparemment à épuiser jusqu'au trognon son catalogue de comic books. Si on ne peut nier que le studio nous a offert des divertissements haut de gamme (quoiqu'en pense certains, spiderman 3 demeure un des sommets du film de super héros), la boîte de production est loin d'avoir maintenu à flot sa ligne conduite. Malgré une santé financière sans problème, les ennuis apparaissent nombreux autour de ce réservoir à fantasmes pour geek. Aux auteurs enrôlés pour mettre en boîte ces ambitieux projets (Bryan Singer, Sam Raimi, Guillermo Del Toro) se sont succédés les faiseurs sans grand talent (Tim Story, Brett Ratner). Le grand boss de la boîte Avi Arad a beau s'excuser à posteriori de ses choix curieux (Ang Lee pour Hulk), la pilule a du mal à passer face à des résultats artistiques généraux en chute. Un constat aggravé par des adaptations brisant souvent l'image des comics dont il s'inspire (le ghost rider dénué de ses aspects gothiques et heavy metal). Les ennuis vont même jusqu'à s'étendre en interne avec le patriarche Stan Lee qui souhaiterait bien voir son nom sur les affiches même si il continu de gracieusement à faire des caméos. Avec tout ça difficile d'accueillir à bras ouvert le projet IRON MAN.

Faisant partis des dernières grandes figures du catalogue Marvel encore a adapté, le projet iron man apparaît symptomatique de la baisse de régime du studio. En atteste le choix de son réalisateur Jon Favreau, réalisateur de elf (mignardise de Noël avec Will Ferrell) et Zathura (fausse suite de jumanji aussi nostalgique que mou du genou). Ça n'est guère le genre de personne a qui on penserait confier un film de super héros surtout que ses seuls incursions dans ce domaine furent des petits rôles dans batman forever et daredevil qui, on s'accordera à le dire, sont loin d'être des réussites du genre. Pourtant, comme l'attestait ses deux précédents métrage cités, Favreau demeure un faiseur au combien plus appliqué que les Ratner et autres Story. Impersonnel et manquant parfois un peu de punch, Favreau ne s'en montre pas moins appliqué. On reprochera néanmoins à la prod de ne pas l'avoir entouré de personnalité avec de réels compétence pour l'épauler. La production design préfabriqué reste assez honorable pour ne pas ennuyé mais manque d'un esthétisme fort. La musique fait de la même manière dans le fonctionnel, ne décollant jamais aussi haut que son héros titre. Seul l'équipe des effets spéciaux relève considérablement le niveau par un mariage d'animatronique d'effets numériques tout simplement bluffant. C'est d'ailleurs en leur présence que Favreau se montre le plus inspiré et apte à livrer des dynamiques séquences d'action un minimum impressionnantes. Il s'offre même un titanesque combat final de robot à la robocop 2 qui sans atteindre le niveau du film d'Irvin Kershner (auquel il emprunte certaines chorégraphies) remplit amplement le contrat du divertissement.

Dommage que l'action doive être mise en retrait. A l'instar du premier x-men, iron man se retrouve handicapé de ses obligations introductifs. Peu de place pour les incroyables pirouettes aérienne est accordé au regard des instances scénaristiques devant planté son décor et ses personnages. En dépit du certain respect envers le matériau d'origine, il faut malheureusement reconnaître que Marvel ne met guère la main à la patte en ce domaine. La densité du récit a beau captivé, il y a de quoi souvent tiquer fasse au manque d'envergure du projet dans le traitement de ses idées. D'un point de vu dramaturgique, le film affiche pratiquement un zéro absolu. Peu d'émotion transpire du film en dépit des occasions tel une relation d'amour platonique ou les liens patriarcaux entre le héros et le bad guy. Si il ne s'agit pas de massacré les concepts du comic comme dans ghost rider, iron man passe à coté de bonnes idées à saisir. Le polissage de la réalisation est d'un acabit identique par sa violence édulcorée (pas de sang malgré la présence assez stupéfiante de mort) et sa sexualité à fleur de peau (restons prude pour nos amis intégristes).

Pourtant, le personnage titre arrive à se tirer plutôt bien de cette politique. Il faut dire qu'un acteur de choix (et au combien adéquat) vu embauché pour le rôle. Flambeur, frimeur, alcoolique, fêtard, Don Juan... Voilà un rôle sur mesure pour le cabotin Robert Downey Jr. qui s'en donne à c½ur joie. Depuis que l'acteur de kiss kiss bang bang a mis au placard ses conneries de jeunesse et s'est racheté une conduite, il ne cesse à prier au firmament à chaque apparition. Inutile de dire qu'il porte iron man sur ses épaules et qu'il participe énormément (exclusivement ?) au plaisir procuré par le film. On regrettera bien sûr que le portrait du marchand d'arme, de ses doutes et de sa remise en question soit traité sans grand relief, surtout lorsqu'on pense à ce lord of war avait fait d'un tel sujet. mais l'implication de Downey balais tout ça. La présence de seconds couteaux comme l'impeccable Terrence Howard et l'impérial Jeff Bridges rajoute un peu d'estime au spectacle même si Gwyneth Paltrow fait tâche dans le décor.

Bref, iron man s'inscrit sans déshonneur dans la branche du divertissement simpliste du studio Marvel. En dépit du nombre incalculable de bonnes idées juste effleuré, le spectacle se laisse agréablement suivre. Il n'y a plus qu'à espérer que la suite fera la part belle aux scènes d'action...

# Posté le mercredi 30 avril 2008 14:24

Modifié le vendredi 02 mai 2008 12:39

funny games U.S.

funny games U.S.
Réalisation : Michael Haneke
Scénario : Michael Haneke
Avec Naomi Watts, Tim Roth et Michael Pitt
Genre : thriller
Durée : 1H51

HISTOIRE : Alors qu'ils passent de paisibles vacances près d'un lac, George et son épouse Anna reçoivent la visite de deux adolescents, qui vont les séquestrer et les torturer à mort.


Si on prend la définition trouvable un peu partout, le remake est censé être une nouvelle version d'un film, une ½uvre remis au goût du jour. Du dépoussiérage en sorte et franchement qui est contre ? Ne frissonnons pas plus devant l'époustouflant the thing de John Carpenter que devant le film au charme daté de Christian Niby ? Ne tordons nous pas plus intensément devant la colline a des yeux d'Alexandre Aja que devant celle de Wes Craven ? Remettre au goût du jour par rapport à la production actuelle n'est pas forcément une mauvaise chose. Néanmoins lorsque la production actuelle rime avec calibrage forcené, les ennuis peuvent commencer. Remettre au goût du jour veut alors dire faire sa crise de djeunisme et balancé tout les délires aussi bien visuel que thématique que l'ados en pleine effervescence, il kiffe. En même temps, il faut bien lui mâcher le boulot au djeunz vu que les vieux films sont forcement chiant (rappelons que bientôt un film d'avant les 90's sera forcément ringard) et les films étrangers tout autant parce que c'est fait pour les étrangers (et dire que la culture est censé être multiethnique). C'est en cela que certains films originaux se retrouvent remaker quasiment plan par plan. Le public adolescent visé est peu enclin à voir un film étranger touchant une culture un tant soit peu différente, quand ça n'est pas simplement l'horreur de la VO qui le fait fuir. Pour les producteurs, l'opération est simple : on distribue le film étranger pour amener les cinéphiles et on sort une version adaptée aux exigences du grand public. Gros bénéfice en perspective même si le remake se contentera de réajuster l'original, tout en copiant les scènes sans en comprendre les mécanismes (on risque quelque chose d'assez gonflant avec quarantine, le remake de [REC]).

Dans cette politique, funny games U.S. apparaît presque comme un OVNI. Les films de tortures affolent les foules entre les saw et autres hostel. Il n'en faut pas plus pour certains producteurs américains de rechercher un moyen de s'engouffrer dans une voie toute tracée. Leur choix s'arrête sur funny games, exemple type du film traumatisant. Il propose gentiment à Michael Haneke de se charger de la réalisation et contre toute attente, il accepte. Pour Haneke, l'annonce de ce remake est presque une bénédiction. Pourtant, il ne s'agit pas pour lui de réviser un de ses films. Non il s'agit en fait de toucher un nouveau public. N'est ce d'ailleurs pas là la vocation du remake ? Oui certes mais pour Haneke, c'est cela plus qui le tient à c½ur puisque funny games est un film qui s'adresse directement au spectateur. Ce récit de séquestration ne fait rien de plus que mettre le spectateur face à sa fascination pour la violence. Lançant des pics sarcastique directement au public, nos bad guys tout de blanc vêtus agissent sans aucune motivation (ils font même jusqu'à ce moquer des causes clichés de la criminalité). Le spectateur alors a une sorte d'expérience pour voir jusqu'à quel point il est capable d'ingérer de séquences chocs et ultraviolente dans le simple espoir d'assister au bout du compte à une fin heureuse. Bref, jusqu'où peut-on accepter de cautionner la violence en raison futile ? Une démarche intelligente, dérangeante pour le spectateur et loin d'être aussi moralisatrice que l'affirme souvent les premiers concernés.

A l'annonce du remake, on aurait pu craindre qu'Haneke doive mettre en retrait ce propos au profit du thriller. Heureusement, Haneke a tenu tête et a refusé absolument tout changement malgré certaines craintes des studios. Il faut dire que le message du film s'alliait parfaitement au thriller qui s'avérait haut de gamme. D'une mécanique stupéfiante, l'intrigue utilise le genre avec une implication émotionnel déchirante. On se sent plus que proche de cette famille désemparée obligé de subir les jeux pervers des deux antagonistes. Leur détresse, leur coup de sang et même leur recours à la violence sont partagés par le spectateur. Le même schéma s'applique aux méchants dont leur cruauté dégoûte autant que leur politesse est insupportable. Le rapport de force est d'une intensité incomparable, renforcé par une mise en scène contemplative multipliant les plans séquences pour s'attarder de manière intolérable sur la décomposition des individus.

Tout ce qui faisait l'intérêt du funny games original est donc là. La copie est conforme au plan près. Haneke ne désirait pas faire autrement. funny games U.S. n'est pas là pour offrir une révision de l'½uvre d'origine. funny games U.S. existe juste pour toucher une forme de public inaccessible avec le film original : les jeunes adeptes de cinéma pop corn. La campagne publicitaire et le casting vont dans ce sens d'attirer cette forme de spectateur. Il sont la cible privilégié du propos de funny games mais l'original était loin d'être assez vendable pour les toucher. Cette ressortie orchestrée avec des moyens de vente judicieux permet enfin de confronter cette réflexion sur la violence à leur consommateur les plus avides. Là où l'idée coince, c'est pour les autres, ceux qui ont vu l'original. Il ne s'agit plus là d'une simple question d'appréciation (le remake ne vaut pas l'original ou le remake enterre l'original), il s'agit purement et simplement d'un rejet de ce lectorat. Original et remake sont tellement identiques que finalement il s'oppose complètement. Ceux qui ont découvert l'original ne devraient pas voir le remake et ceux qui ont découvert le remake ne devraient plus voir que cette version. Chaque ½uvre a une appartenance propre et leur coexistence est impossible.

Bref, ne dénaturant jamais son propos, Michael Haneke signe un remake dont la note d'intention est parfaitement remplit. Reste à savoir si la méthode fonctionnera parce que qu'en on entend le public cible pouffer de rire et trouver le film jouissif. Désespérant...

# Posté le samedi 26 avril 2008 15:23

sans arme, ni haine, ni violence

sans arme, ni haine, ni violence
Réalisation : Jean-Paul Rouve
Scénario : Benoît Graffin et Jean-Paul Rouve
Avec Jean-Paul Rouve, Alice Taglioni et Gilles Lellouche
Genre : comédie
Durée : 1H28

HISTOIRE : Appréhendé en 1977 pour avoir conçu, organisé et réussi le célèbre casse de Nice, Albert Spaggiari s'évade du bureau du juge d'instruction. Pendant des années, il va rester insaisissable, résistant à toutes les tentatives de la police. Au cours de sa cavale fabuleuse en Amérique du Sud, il multiplie les rencontres avec des journalistes, fait des photos en forme de pied de nez facétieux au public français. Vincent, reporter, réussit à l'approcher pendant quelques jours dans une ville d'Amérique du Sud et découvre un être qui n'a rien à voir avec le grand banditisme, une sorte de Cyrano de Bergerac, généreux et fauché, souffrant de ne pas profiter davantage de sa gloire, looser grandiose, vantard plein d'humour et de contradictions mais qui reste traqué par la police française.


Dans la conjoncture actuelle de dynamiser un cinéma français encore trop moribond, il faut plus que jamais cultiver l'exception culturelle. Le grand spectacle populaire qui amuse les petites gens, c'est bien beau mais on va pas sacrifier pour autant notre spécificité française pour cela. Le patrimoine de l'hexagone est loin d'être avare en sujet passionnant et il ne vaut pas se priver pour les utiliser. Si le simple divertissement du terroir cultivant la fibre régionaliste fonctionne toujours autant (voir le carton de bienvenue chez les ch'tis), certains cinéastes souhaitent pêcher de l'inédit dans des contrées jusqu'alors inexploré. Prenons rien que le genre fantastique. Le pays regorge de légendes et de lieu glauque propice jamais traité au cinéma qui ont de quoi titiller l'attention du spectateur. La bête du Gévaudan dans le pacte des loups ou la forêt de Brocéliande dans le film éponyme de Doug Headline en sont des exemples malheureusement trop isolé. Pourquoi alors s'embêter dans des histoires plus classiques convoquant un imaginaire universelle et rebattu ? Il en va de même pour le banditisme. L'histoire française est parsemée de grandes figures qui mériteraient des films à leurs mesures. Heureusement, la donne change réellement dernièrement dans ce cas. Hier, le gang des postiches dans le dernier gang d'Ariel Zetoun. Demain, Mesrine dans le diptyque de Jean-François Richet. Et aujourd'hui, Albert Spaggiari dans ce NI ARME, NI HAINE, NI VIOLENCE.

Un projet alléchant d'autant plus par la présence de Jean-Paul Rouve aux commandes. Cumulant les fonctions clefs tel un George Clooney (réalisateur, scénariste et acteur principal), l'ex-robin des bois marque ici un coup d'essai des plus concluants. Mais cela demeure un coup d'essai avec les maladresses de jeunesse classiques. Rouve est passionné par son sujet donc et on sent qu'il s'est documenté un maximum sur le célèbre braqueur pour livrer le portrait le plus authentique possible. Si on ne remettra guère en doute la véracité de ce qu'il relate (même si le personnage du journaliste est fictif), le problème du script de Rouve tient surtout dans ses choix. Spaggiari a été une figure médiatique dont les quelques coups d'éclat (un braquage hors norme et une évasion insensée) ont défrayé la chronique. On a tous en mémoire l'image d'un personnage grande gueule, expansif, à tendance mythomane. Hors plutôt que tenter de briser une image très convenu comme Andrew Dominik l'avait fait dans son assassinat de Jesse James, Rouve oriente son récit de manière à se conforter à cet image. On nous présente donc la figure de ce gangster malgré lui selon les thématiques balisé attendues. Le long métrage n'en est pas pour autant détestable. Les excès du personnage de Spaggiari sont constamment captivants et les anecdotes parsemant le film sont attrayante à souhait. On retiendra notamment toute la reconstitution du braquage constituant le clou du film.

Mais le portrait n'est aucunement introspectif. On ne plonge jamais vraiment dans les pensées de Spaggiari, ses sentiments fassent à ses actes et son comportement. Car sous sa désinvolture se cache un homme complexe depuis toujours bouffé par sa mythomanie (le flashback sur son adolescence) et une quête de reconnaissance. Reclus au fin fond de l'Amérique latine, il se ment à lui-même en pensant mener une grande vie alors que celle-ci est devenue des plus misérable. Son attitude désinvolte n'est plus qu'une parodie qui lui permet de le maintenir à flot. En soit, Rouve respecte la volonté de Spaggiari en ne montrant que le personnage médiatique et pas l'être quelque peu pathétique qu'il est devenu par la suite. Bien que désireux de se pavaner devant les médias avec une conduite pratiquement autodestructrice (cette pause où il hurle son nom dans un bar alors que le braquage est entrain de se dérouler), il ne voulait pas s'étendre sur sa vie personnelle. Rouve retranscrit toutes ses idées par touche mais n'y plonge jamais, laissant le spectateur reconstruire cela. La démarche respectable peut néanmoins être remis en question d'un point de vu artistique puisque n'arrivant pas vraiment à émouvoir.

D'autres choix se montrent problématiques comme la révélation à mi-parcours de la teneur de l'intrigue qui se conclura sur une séquence prévisible. C'est l'handicap habituel des films qui veulent toujours trop en faire. La mise en scène n'y échappe pas non plus. Par exemple, le split screen ouvrant le film est enivrant au début mais son prolongement à toute la séquence d'évasion la rend épuisant au final. Pourtant dans l'ensemble, Rouve assure une réalisation de haute tenue. sans arme, ni haine, ni violence plane dans une ambiance 60's/70's charmante à souhait. L'énergie est constante et la rigueur du travail est parfois d'une effrayante maîtrise. Le travail sur les transitions en est un bel exemple avec une ingéniosité renouvelé à chaque intervention. Il n'en va néanmoins pas de même pour la caméra à l'épaule souvent assommante et qui bien que pensé avec soin n'arrive pas à immerger. C'est plus dans l'artifice que le film fait de l'effet à l'image de son héros titre.

Bref, Jean-Paul Rouve signe un premier film très intéressant bien pas toujours bouleversant.

# Posté le samedi 19 avril 2008 13:11

les chroniques de Spiderwick

les chroniques de Spiderwick
Réalisation : Mark Waters
Scénario : John Sayles, David Berenbaum et Karey Kirkpatrick
Avec Freddie Highmore, Sarah Bolger et Mary-Louise Parker
Genre : aventure
Durée : 1H37

HISTOIRE : Après son divorce, Helen Grace a dû quitter New York avec ses jumeaux, Jared et Simon, et sa fille, Mallory, pour trouver refuge dans l'ancienne résidence de son grand-oncle, l'éminent naturaliste Arthur Spiderwick. Une nouvelle vie commence pour les Grace dans cette bâtisse isolée, un rien sinistre, où les trois enfants ne tardent pas à faire d'étranges rencontres. Après avoir mis à jour la cachette d'un espiègle farfadet, Jared découvre au grenier un somptueux ouvrage, rédigé par Arthur Spiderwick et orné d'illustrations d'animaux fantastiques de toutes espèces : Le Guide Arthur Spiderwick du monde merveilleux qui vous entoure. Bravant les avertissements solennels de son ancêtre, Jared ouvre le précieux livre, qui lui dévoile un univers merveilleux, peuplé de gobelins, de fées, de trolls, de sylphes délicats, d'oiseaux exotiques et de porcins voraces. Mais un ogre maléfique du nom de Mulgarath hante aussi ce Monde Invisible qu'il souhaite contrôler. Pour cela, il doit s'emparer du Guide. Prêt à tout pour parvenir à ses fins, le rusé Mulgarath tend un piège diabolique aux trois enfants, puis se lance avec sa meute hurlante à l'assaut de la Résidence...


Par définition, le faiseur verse dans l'impersonnel. Son travail n'est pas d'apposer sa patte ou son identité à un travail mais de l'exécuter avec le maximum d'efficacité qu'on lui réclame. Respectable dans de nombreux domaines, le faiseur est souvent vilipendé lorsqu'il touche à l'art. Dans le milieu du cinéma, le terme faiseur est utilisé de manière péjorative et insultante. Le faiseur n'a pas de réelles ambitions artistiques. Il se contente de réaliser son travail en se conformant simplement aux attentes du public et aux injonctions des producteurs. Pour les auteurs, ce genre de personne est peu recommandable puisque assimilable à des chasseurs de primes se chargeant des vils besognes sans sourciller. Pourtant, il apparaît extrême de rejeter toutes cette partie de la profession parce qu'elle a choisit une voie plus alimentaire qu'artistique. Si certains cas sont bel et bien irrécupérables (la cible vivante Brett Ratner), les faiseurs recèlent quelques cinéastes qui ne méritent pas foncièrement d'être vilipendé comme Joe Johnston ou Mark Waters. Ce dernier s'est illustré avec une certaine aptitude à l'univers des comédies romantiques. Et si c'était vrai, freaky Friday, lolita malgré moi... Des films certes circonscrit à la mode du teen movie inoffensif, du rose bonbon et du politiquement correct mais remplissant amplement leur cachet divertissant, fun et drôle. Le faiseur étant par vocation flexible (son impersonnalité lui permet de rentrer dans toutes les cases), il peut s'accorder à bien différents genres. Ça n'était donc qu'une question de temps avant que Waters se lance d'un autre monde que celui des comédies romantiques. C'est chose faite avec ces chroniques de Spiderwick où il fait preuve de tout son savoir-faire mais également de ses défauts.

Enième adaptation d'un roman de fantasy, les chroniques de Spiderwick ne jouait pourtant guère d'atout à la base. Le phénomène de mode commence définitivement à s'estomper et difficile d'être encore étonné par la bande annonce affichant tous les ingrédient traditionnels du genre. On aurait même tendance de se montrer suspicieux par rapport à celle-ci après le coup du secret de Terabithia l'année dernière où le film de fantasy attendu s'est révélé être un drame sur l'adolescence. Point de vils manigances ici puisque Spiderwick est un pur film d'aventure. Cela ne l'empêche pas de vouloir toucher au drame. Et c'est là que le film coince un peu puisque symptomatiques des précédents métrages de Mark Waters. Sur ce point, le film part sur une bonne base puisque orientant ses thématiques autour de la crise de la cellule familiale (divorce, relation conflictuelle, déménagement, manque de moyens). On sent que Waters touche à des sujets très sérieux et immisce parfois une vraie réflexion. Mais celle-ci tourne souvent court par un traitement bien trop gentillet. On se ramasse souvent des clichés en pleine gueule et le conventionnel prend souvent le pas sur tout autre forme d'exploration. Le passage obligé du je te déteste lancé par le fils à sa mère en est la plus belle illustration. La noirceur dramatique que porte certains rebondissements reste bien peu exploité également, le point d'orgue du film (la confrontation avec le père) ne se montrant pas aussi fort que son concept le laissait imaginer. Y aurait-il une volonté de ne pas trop bousculer les gamins comme on le fait trop souvent dans l'ambiance sécuritaire des années 2000 ? On peut bien le penser lorsqu'on voit certaines idées visuelles assez choquantes pour les plus jeunes se faire quelque peu sabordées comme la destruction finale des gobelins qui avait de quoi devenir l'héritière de celle dans gremlins 2.

Les maladresses habituelles des ½uvres de Waters et plus généralement de l'industrie hollywoodienne parsèment ainsi le film. Mais le spectacle reste diablement plaisant. Avec son aventure délimitée à un horizon temporel de 24 heures, le film affiche un paquet d'action et d'inventivité au gré d'un récit jamais ennuyeux. Malgré une réalisation impersonnelle mais prévisible, Waters arrive à emballer son divertissement avec dynamisme et énergie. Il faut dire qu'il est aidé dans sa tâche par de nombreux d'artisans compétents. Sous la tutelle du studio Nickelodeon qui a souvent fait preuve de créativité, la production se permet de réunir des talents pour offrir un résultat tout à fait délectable. Les décors sont travaillés avec un grand soin, le montage de Michael Kahn ajoute en fraîcheur aux scènes d'action et les créatures de Phil Tippett sont simplement excellentes. Les effets spéciaux sont d'ailleurs impeccables, les créatures bénéficiant d'un niveau de détails étonnant et d'une animation réaliste au possible. Mieux certaines séquences sont carrément impressionnantes comme la magnifique séquence de vil en griffon ou le combat final avec l'ogre sur le toit. Dommage que la musique fasse tâche sur le tableau. James Horner signe une partition plus que fonctionnel et ne s'accrochant sur les images que de manière mécanique. Le compositeur aggrave le tout en versant dans le recyclage coutumier de ses précédents travaux. Mais bon, vu qu'il est pas le seul à avoir le même problème.

Bref, pas mal de reproches peuvent être fait à ces chroniques de Spiderwick mais il reste un bien charmant petit film qui arrivera à combler les petits et les grands.

# Posté le dimanche 13 avril 2008 14:10

Modifié le mardi 15 avril 2008 05:10

doomsday

doomsday
Réalisation : Neil Marshall
Scénario : Neil Marshall
Avec Rhona Mitra, Bob Hoskins et Adrian Lester
Genre : action
Durée : 1H45

HISTOIRE : Un terrible virus annihile 90 % des habitants en Ecosse. Pour endiguer l'épidémie, le gouvernement anglais construit un mur infranchissable. L'Ecosse est désormais un no man's land barbare et violent où les survivants sont coupés du monde. Lorsque 30 ans plus tard, le même virus réapparaît au coeur de Londres, un commando de choc part en mission suicide rechercher un éventuel vaccin dans une Ecosse contrôlée par des gangs rivaux...


L'adage dit, l'argent ne fait pas le bonheur. Ce qu'il oublie néanmoins de rajouter c'est qu'il y contribue fortement. Le scénariste en sait quelque chose. Assis à sa table, il gribouille frénétiquement ses histoires pleines d'ambitions multipliant les séquences spectaculaires. Il s'excite rien que d'imaginer ce que ses idées originales donneront à l'écran. Seulement si on lui donne pas l'argent pour concrétiser sa vision, la joie qu'il a eu pour écrire son script va se transformer en névrose pour la transposer à l'écran. Il ne lui reste plus que deux solutions. Soit il fait fi de toutes considérations budgétaires et il réalise son ½uvre comme il l'a désiré quitte à lui donner un look fauché, soit il arrache la mort dans l'âme ses pages de scénario trop coûteuses et il réadapte ses idées par rapport à ses moyens. L'anglais Neil Marshall en sait quelque chose puisqu'il explora ses deux voies pour ses premières réalisations. Dans dog soldiers, il ne s'interrogeait jamais sur les limites du budget et livrait une ½uvre d'une grande efficacité en dépit d'une direction artistique catastrophique et d'effets spéciaux à la ramasse. Pour the descent, il employa le minimalisme de son histoire pour jouer sur la maigreur de ses moyens (pratiquement tout le film fut tourné dans un seul studio) sans renier l'efficacité de son précédent métrage. L'exceptionnel (et mérité) succès de ce clash entre des Lara Croft et des hommes préhistoriques a alors permis à Marshall d'accéder enfin au (relatif) gros budget. Financé pour un montant de 30 millions de dollars (environs 10 fois plus que the descent), DOOMSDAY marque ouvertement un tournant dans la carrière de notre cher geek anglais. Espérons néanmoins qu'il ne fera pas fuir les futurs producteurs.

Car à voir son film post-apocalyptique, on peut craindre que les majors veuillent bien continuer à lui refiler du fric. Loin que doomsday soit un mauvais film mais il faut reconnaître qu'il s'agit d'un trip bien perso qui reste d'en désappointé certains. On a l'impression que Marshall a peur de ne pas pouvoir un jour retrouver une telle confiance dans les financiers et donc de se trouver à la tête d'un tel budget. Du coup, il semble avoir voulu tout faire en même temps, satisfaire tout ses fantasmes de fan boy et construire une ½uvre hybride de multiples influences. Dans le genre je pars dans tout les sens pour me faire plaisir, on a rarement vu un tel objet (même Tarantino est limite à la ramasse). Il n'y a qu'à faire un constat de la structure du film. Ça commence comme un 28 jours plus tard avec son virus aux symptômes bien crades et provoquant chez les non contaminés une envie furieuse de survie quitte à liquider tout le monde pour. Le tout se retrouve teinté de resident evil avec ses costards cravates bien louches et ses commandos lancés dans un lieu déserté où plane une invisible menace. Et puis tout d'un coup, on passe du coté de New York 1997 avec son Ecosse séparé du monde par un mur géant et peuplé d'une bande de marginaux sanguinaires ayant organisé leur propre société. De manière encore plus inattendu, Marshall convoque un univers médiéval tout droit sorti de Beowulf (celui avec cricri hein, pas le film de Zemeckis) ou plutôt de Braveheart pour respecter les racines écossaises du récit (et donner une référence qui a de la gueule). Pour enfoncer le clou, le tout se conclura sur une course poursuite inspiré par mad max. Et là il ne s'agit que des charnières du film. on ne parle même pas des clins d'½il truffés dans chaque scène (un Londres surpeuplés proche du New York de soleil vert, une poursuite en blindés à la aliens) et des références clairement exprimés (citation des aventuriers de l'arche perdue, personnages s'appelant Carpenter et Miller). doomsday est donc un bon gros patchwork style matrix et pas un grand moment d'originalité.

Mais à l'image d'un Tarantino, Marshall convoque tous ses modèles dans une volonté de créer un gigantesque hommage qui dynamite les éléments qu'il appréciait dans les films précédemment cités. Il n'y a qu'à voir cette affolante séquence de cannibalisme dont le dégoût et la terreur de la situation suintent toutes les secondes qu'elle dure. Marshall apporte toute sa nervosité pour traiter son sujet avec l'ambition de ses modèles. Et puisque le sujet est la fin de l'humanité, il ne faut pas s'attendre à quelque chose de joyeux malgré le caractère fun de l'entreprise. Sous le couvert du divertissement décomplexé, Marshall livre constamment un portrait d'une humanité sans espoir. Les images (les cadavres putréfiant truffés dans chaque décors ou accessoires), les dialogues (les nombreuses évocations du chaos ambiant fait de meurtres, viols, pillages), les agissements (les exécutions sommaires de personnes contaminés)... Tout ne renvoie qu'à la destruction et à la pourriture de la société humaine. La place plus que succincte laissée à l'héroïsme et à l'amour dans le récit amplifie le nihilisme de l'histoire que certains trouveront irresponsable venant de ce type de divertissement. Mais il faut rester logique avec cette volonté de montrer qu'à l'approche de l'extinction, les hommes reviennent à leurs plus bas instincts. Il n'y a qu'à voir le conflit régnant dans ce monde au-delà du mur sur fond de conflit générationnel. D'un coté, il y a le père réfugié dans un château et qui a restitué les dogmes moyenâgeux. De l'autre, il y a le fils qui s'est entouré d'un groupuscule de punk dégénéré. Deux époques différentes mais qui laissent parler une folie guerrière et une barbarie équivalente. Certes, tout ceci est relaté sans grande finesse mais le traitement jusqu'auboutiste se montre étonnamment dénué de maladresses si on excepte la chute finale en manque d'inspiration.

De toute manière, pour celui qui ne veut pas trop s'interroger sur les déliquescences de l'humanité, le divertissement sera là pour le rattraper. Car le contexte de fin du monde est surtout là pour en mettre plein la gueule. Marshall avoue lui-même que l'histoire du virus n'est qu'un prétexte pour laisser cours à ses délires de fan boy. On ne s'attardera donc pas sur la vraisemblance de l'intrigue mais on se délectera du spectacle versant constamment dans l'action. Référence en main, Marshall ne laisse aucun temps morts à son récit et multiplie séquence d'action sur séquence d'action. Mené par la musique endiablée de Tyler Bates et des choix musicaux étonnants (Frankie goes to Hollywood sur la poursuite finale !), le film enchaîne les moments d'action bourrine peuplé de cascades qui font mal et d'une grosse dose de gore à la limite de la complaisance (pauvre petit lapinou). Avec son univers visuel alléchant et son casting charismatique, doomsday assure avec talent comme peu de production actuel sa caution de grand moment de bourrinage. Mais Marshall tombe néanmoins dans le grand travers d'aujourd'hui avec un montage peu convaincant qui, sans tomber dans le cut, rend l'action brouillonne. Comme quoi, la perfection n'existe pas.

Bref, ½uvre déviante de A à Z, doomsday est un grand moment de cinéma bis. Jubilatoire à souhait.

# Posté le mercredi 09 avril 2008 04:48