Scénario : Clive Barker
Avec David Dukes, Kelly Piper et Cora Venus Lunny
Genre : horreur
Durée : 1H26
HISTOIRE : Quelque part en Irlande... En labourant son champ, un fermier libère accidentellement une créature monstrueuse, enterrée là depuis la nuit des temps. Plongé au c½ur du monde moderne, le monstre, doté d'une force incroyable et d'un appétit insatiable, va se venger des descendants des villageois qui l'ont jadis ensevelis...
Il y a toujours une certaine angoisse chez les auteurs littéraires à voir leurs travaux adaptés sur grand écran. Alors que l'écrivain travaille seul dans son bureau créant sans contrainte l'univers et l'histoire qu'il souhaite conter, celui-ci voit son ½uvre modifié par une kyrielle de personnes qui ne partage pas obligatoire une vision similaire à la sienne. Les résultats calamiteux sont légions et l'auteur est très souvent anéantit moralement par ce sacrilège. Certains auteurs décident pour éviter ce sentiment indésirable préfère se détacher du processus d'adaptation cinématographique. C'est le cas de Stephen King ne préférant guère jeté un ½il aux sous-produits nés de ses écrits. D'autres souhaitent coude que coude que la version cinématographique de leurs ½uvres soit la meilleure possible. Ça c'est le cas de Clive Barker. Imagineur de génie, créateur de l'horreur en technicolor, Barker est l'un des écrivains fantastiques les plus inestimables au monde. Mais il a mis un point d'honneur à toucher d'autres arts que ce soit la peinture, le jeu vidéo et donc le cinéma. Par trois fois, Barker joua les réalisateurs pour hellraiser, cabale et le maître des illusions. Malheureusement, Barker a du se rendre à l'évidence que si il pouvait imposer ses idées sur la feuille de papier, l'industrie cinématographique ne le laisserait pas faire autant sur pellicule. Sur ses trois long-métrages, deux tombèrent sous le joug des majors qui les remontèrent en les amputant de plusieurs séquences (12 minutes ont été sabré sur cabale et 20 sur le maître des illusions). Barker pensait crédulement qu'en s'imposant comme réalisateur, il aurait toute latitude pour transposer harmonieusement ses ½uvres.
Ce qui nous amènent au cas de RAWHEAD REX, adaptation d'une de ses nouvelles publiés dans ses livres de sang. Si Barker pensait qu'il obtiendrait plus de liberté en devenant réalisateur, c'est parce qu'il s'était rendu compte que le poste de scénariste était tout à fait insuffisant pour s'assurer de la bonne marche de l'adaptation. Il en fit la terrible expérience sur le film de George Pavlou. Conçu pour être l'opus initiale d'une série de DTV (heureusement un vice de forme dans les contrats empêcha la mise en chantier de suites), rawhead rex est bien loin de traiter l'½uvre de Barker avec déférence. Si la nouvelle originel souffrait d'un trop grand classicisme (c'était même une des plus faiblardes de ses 6 recueils de nouvelles), Barker y faisait preuve de son incroyable connaissance du genre et de son talent pour renforcer intelligemment des éléments basiques. L'auteur y développait des mécaniste psychologique aussi simple qu'efficace. Il n'y a qu'à lire les passages sur les pensées du monstre titre (notamment celui sur sa mort) pour mesurer le talent de Barker a manipulé les sentiments. La nouvelle se targuait également d'offrir un fond assez intéressant. Sur fond d'été caniculaire propice a échaudé les esprits, Barker dévoile un guerrier monstrueux tribal et barbare tuant tout le monde sur son passage mais redoutant les femmes. D'un coté, nous avons donc l'incarnation ultime du mâle sous testostérone obsédé et sans pitié et l'autre la femme incarnation de la fertilité, de la vie. Pas besoin d'aller plus loin pour comprendre comment à partir d'une histoire de monstre classique, Barker arrive à construire un récit avec un peu plus de densité.
Mais le film de Pavlou est loin de restituer les qualités de l'univers de Barker. Ayant signé lui-même le scénario, on ne s'étonne pas de retrouver une structure assez similaire au matériau originel même si des modifications ont été nécessaire pour que l'½uvre atteignent la durée d'1H30. Néanmoins, le résultat fut clairement sabordé et tout ce qui fait le fond du film fut jeté aux oubliettes. En cherchant un peu, on retrouve bien les intentions de Barker mais elles sont noyées sous un flot d'idées mal réfléchies. Exit le contexte estival original et inhabituel dans le contexte anglais. Place au bon vieux temps automnal brumeux, venteux et grisâtre. Cette modification insignifiante marque bien le manque d'intérêt des producteur pour toute forme de réflexion au sein d'un film d'horreur. Notre bite géante sur patte (le terme rawhead veut dire tête crue – no comment) ne semble plus trop craindre le gente féminine. Il se retrouve complètement circonscrit à son rôle de brute qui consiste à foncer dans le tas pour trouver des victimes, les tuer et se montrer comptant en agitant les bras en l'air. Plus aucunes plongées dans son esprit ne sont à signaler et il en va de même pour les autres personnages à commencer par le prêtre fou. Le spectacle reste complètement en surface s'employant juste à réutiliser les clichés du genre.
Il faut dure que le film a la dégaine parfaite de la série Z : mise en scène plate, manque prononcée de rythme, musique qui en fait des caisses pour masquer le manque d'action, photographie terne et crade, effets d'optiques moches et vieillot... Pourtant, on peut reconnaître à Pavlou une légère volonté de bien emballer son film. Sous ses airs complètement fauchés, le film arrive à être parfois assez bien construit pour se laisser suivre. Certes loin de faire preuve d'un grand talent, on a l'impression que Pavlou voulait filmer du mieux qu'il pouvait dans la marge de man½uvre qu'on lui laisse. Car on peut être sûr que si Barker a vu son boulot de scénariste salopé, Pavlou a lui du se plier aux exigences de ses producteurs. Il n'y a qu'à voir la teneur horrifique du métrage : elle est quasi-inexistante. Là où Barker a toujours mis un point d'honneur à inventer des séquences de terreurs surréalistes et voraces, le film s'en retrouve expurgé. On ne verra pratiquement jamais la bête en action mais plus souvent le résultat (bras amputés, têtes décapités). Là où l'horreur est traité avec un spectaculaire talent chez Barker, elle est ici limité au possible et exécuté de manière passive alors que ça n'était pas les occasions qui manquaient (qu'est ce que la séquence de l'immolation des policiers aurait pu être flippant). Si on peut croire que le manque de moyen est à la base de cette politique, cette excuse est difficilement applicable à l'affrontement final où la mise à mort sanglante de la créature est remplacé par une ahurissante séquence avec des rayons cosmiques.
On ne retiendra plus que de rawhead rex qu'un léger plaisir coupable pour certains éléments comme la dégaine du monstre titre (handicapé cela dit d'un animatronique aux animations extrêmement rigide) et un salopage honteux de l'½uvre de Barker. Heureusement, Barker semble depuis s'être réconcilié avec le 7ème art puisqu'il vient de monter le studio Midnight Picture Show dont les premiers enfants (midnight meat train et book of blood) sortiront dans les mois à venir.


